‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 121 sur 432 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

L'Assemblée donne audience à M. Gaulde, député de M. l'archevêque de Rouen, pour soumettre à son jugement la connaissance du différend entre les curés de sa ville et le Père Brisacier. M. l'évêque d'Orléans interdit le Père Crasset, jésuite1. Ce jésuite écrit contre cette sentence. ,

La jonction des curés de Paris avec ceux de Rouen contre la morale des Jésuites était une affaire si considérable qu'elle réveilla à la fin la vigilance des prélats. Ce fut ce qui obligea M. l'archevêque de Narbonne de rapporter à l'Assemblée générale que M. Gaulde, docteur de Sorbonne et grandvicaire de M. l'archevêque de Rouen, Tétant venu voir, lui avait rendu une lettre de sa part, par laquelle il le priait de lui procurer une audience dans leur compagnie, et qu'il venait d'être averti qu'il était dans le cloître.

M. Poncet l'ayant fait entrer, il rendit à l'Assemblée une lettre de créance de M. de Rouen, et après que M. l'abbé de Villars en eut fait la lecture, il dit que l'affaire dont il avait à entretenir l'Assemblée de la part de Monseigneur de Rouen n'avait été dans son origine qu'entre deux particuliers, qui étaient le curé de Saint-Maclou et le Père Brisacier, recteur des Jésuites de Rouen. Que le premier, se sentant obligé par le devoir de sa charge d'instruire le peuple et de prêcher particulièrement contre les maximes d'une théologie morale enseignée et débitée par plusieurs réguliers et autres, lesquelles causaient un grand relâchement de mœurs et un entier anéantissement des maximes de l'Evangile, et qui portaient les âmes au libertinage, le Père Brisacier crut que lui et tous ceux de sa compagnie avaient été maltraités dans les sermons de ce curé de Saint-Maclou, ce qui les avait obligés de présenter une requête à M. l'archevêque de Rouen pour lui en demander réparation, lequel avait ordonné qu'elle serait communiquée à son promoteur général pour, ses conclusions vues, y être pourvu ainsi que de raison ; que ce promoteur ayant vu la requête du Père Brisacier, comme elle contenait une prière faite à M. l'archevêque

1. Il y a ici quelques mots illisibles au ms.On croit deviner : auteur d'une prédication séditieuse.

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de Rouen d'empêcher que certaines lettres qui traitaient de quelques questions morales ne fussent ni lues ni imprimées dans son diocèse; quant à ce chef, il l'avait envoyée à ce prélat, comme lui appartenant de juger de la doctrine; et quant à la réparation demandée par le Père Brisacier, la chose avait été renvoyée à l'offîcialité.

Que le sieur curé de Saint-Maclou ayant eu communication de la requête présentée par le Père Brisacier, il en avait présenté une autre à M. l'archevêque de Rouen, signée par près de trente curés, tant de la ville que des environs, par laquelle ils demandaient qu'il lui plût enjoindre au Père Brisacier de faire réparation à M. le curé de Saint- Maclou des injures atroces contenues dans sa requête, de désavouer et de désapprouver par écrit et de vive voix toutes ces questions de théologie morale, et de déclarer s'il entendait soutenir les propositions contre lesquelles ce curé avait prêché.

Que, par ce qu'il avait représenté à l'Assemblée, elle pouvait juger combien il lui était important d'empêcher ces sortes de divisions, lesquelles étaient capables de faire naître un schisme; et d'interposer son autorité afin que ces nouvelles opinions n'eussent plus de cours, et empêcher par ce moyen la perte des âmes que Dieu avait commises aux soins des pasteurs de son Église.

Que M. l'archevêque de Rouen priait l'Assemblée de prendre une délibération telle qu'elle jugerait convenable pour arrêter le cours de ces nouvelles opinions et donner la paix à son église, ou de lui donner conseil de ce qu'il devait faire, avec protestation de recevoir les ordres de la compagnie et de les exécuter fidèlement.

Après que M. Gaulde eut encore proposé une autre affaire qui regardait le temporel, M. de Narbonne lui répondit que l'Assemblée avait appris avec déplaisir la contestation qui était dans le diocèse de Rouen ; qu'elle contribuerait de tout son possible pour y rétablir la paix, et qu'elle [lui] était fort obligée de la déférence qu'il avait eue pour la compagnie, laquelle aussi ne manquerait pas de lui donner dans toutes les occasions des marques de son estime et de son affection. On nomma ensuite des commissaires pour l'examen de ces pièces, et cette affaire eut des suites d'une grande importance que nous rapporterons en leur lieu.

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