‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 124 sur 432 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

M. le curé de Saint-Séverin reutre dans les fonctions de grand-vicaire avec l'agrément de la cour, et M. Porcher fait la fonction de vicegérant. Sentence du primat de Lyon sur cette affaire.

Nous avons vu combien il y avait déjà de temps que les gens de bien gémissaient de voir l'église de Paris sans aucune subordination, et sans aucune forme d'autorité principale pour le gouvernement spirituel. Enfin, après tant de délibérations et de remises affectées, M. le chancelier, à qui on avait confié sur ce sujet la résolution et la parole de la cour, envoya le 2e jour d'octobre dire à M. de Hodencq, curé de Saint-Séverin et archiprêtre de Paris, que le roi n'empochait pas qu'il fit les fonctions de grand-vicaire de M. le cardinal de Retz qui l'avait établi en cette qualité.

Ce pasteur lui répondit qu'il ne pouvait pas s'acquitter de cette charge à moins que Sa Majesté n'ordonnât que sa commission de grand-vicaire, qui avait étébiffée par sentence du Chàtelet, ne fut rétablie dans les registres des insinuations, et qu'il n'eût un commerce libre avec M. son archevêque. Mais M. le chancelier lui répliqua qu'il ne devait se mettre en peine que de bien faire sa charge, et que tout irait bien. Cependant il avait été plus aisé de faire des plaies à l'Église que de les guérir, et celles dont elle se plaignait avec justice devaient saigner encore longtemps. Les plus habiles avaient de la peine à comprendre cette affaire, et en n'en voyait guère de dénouement. Ce que l'on voyait de plus certain en tout cela, c'était l'inquiétude delà cour sur ce que le cardinal de Retz demeurait si bien caché que l'on ne pouvait rien découvrir du lieu de sa retraite.

Dès que M. le nonce eut appris que M. le curé de Saint- Séverin avait la liberté de faire la fonction de cette charge, il lui fit tenir la bulle du Jubilé, que le pape lui avait adressée pour apaiser la colère de Dieu dont l'Italie ressentait la pesanteur par tant de fléaux différents.

Le jour même de ce rétablissement de M. de Hodencq, M. le chancelier envoya aussi dire à M. Porcher qu'il pouvait, avec l'agrément de Sa Majesté, exercer. la charge de vice-gérant de l'archevêché de Paris, et que le roi lui recommandait de rester attaché à son service par une fidélité inviolable. M. Joly, qui était nommé officiai par M. le cardinal de Retz, demeura encore dans la disgrâce de la cour, et quoique dans la suite du temps la tempête se calma un peu à son égard, néanmoins on ne lui accorda jamais la liberté de faire la fonction de cette charge.

Le mardi 10, M. l'abbé de Roquépine fit le rapport du voyage qu'il avait fait à la cour par ordre de l'Assemblée, et qui l'avait obligé d'aller de Compiègne à Guise, de là à La Fère, et de revenir à Compiègne, où enfin M. le cardinal Mazarin l'avait chargé d'une lettre pour M. de Sens, qui fut lue à la compagnie; et continuant son rapport, il dit que le roi était très satisfait du respect que l'Assemblée lui avait rendu dans une affaire si importante pour son état, et que M. le cardinal Mazarin se trouvait sensiblement obligé à la compagnie de s'être bien voulu adresser à lui, et que dans toutes les affaires qui se présenteraient, il n'oublierait rien

pour lui donner des marques de son estime. Que Son Éminence croyait en avoir donné d'assez grandes en ce qu'elle avait travaillé assez efficacement auprès du roi pour l'élargissement de M. Chevalier, et procuré à M. le curé de Saint- Séverin la liberté d'agir dans la fonction de grand-vicaire de M. le cardinal de Retz, et au sieur Porcher vice-gérant, dans celle d'official, ensuite et à la considération de la prière que l'Assemblée lui avait faite par Msrs de Châlons et du Mans, et par MM. les députés de la province de Paris ; et que l'amour qu'elle avait pour le caractère l'obligerait de maintenir les immunités et les privilèges ecclésiastiques, et de porter avec zèle, vigueur et fermeté les intérêts de l'Église.

Ce fut par cette conduite irrégulière, et qui marquait dans le cardinal Mazarin enivré de son crédit un esprit de domination et d'empire sur l'Église, que M. Chevalier fut rétabli dans sa liberté, qui ne lui avait été ôtée que par des voies de fait. Tous les crimes imaginaires dont il avait été accusé par des bruits vagues et confus s'effacèrent en un instant. Il cessa d'avoir voulu remuer Paris; ces séditions qu'il avait eu dessein d'allumer dans cinq ou six villes en y portant les peuples à la révolte ne lui furent plus imputées; et au lieu qu'on l'en aurait puni avec la dernière rigueur s'il s'en fût trouvé coupable, on fit connaître à toute la France, par un si prompt élargissement, qu'il en avait été innocent. Mais le premier ministre, qui s'était joué de son emprisonnement lorsqu'il l'avait jugé utile à ses fins, se fit un mérite de sa liberté, et ne s'oublia point à bien faire valoir au clergé ce bon office, comme s'il eût dû [lui] être éternellement redevable de n'avoir retenu que peu de mois en prison un prêtre dont le crime irrémissible était d'avoir accepté le grandvicariat d'un archevêque et d'un cardinal disgracié.

On apprit à Paris en ce temps-là que M. l'archevêque de Lyon, en qualité de primat des Gaules, avait rendu une sentence sur l'appel de M. du Saussay, évêque de Toul, appelant de la révocation de M. le cardinal de Retz, par laquelle il ordonnait que M. de Hodencq ferait la fonction de grandvicaire dans l'archevêché de Paris par provision, et M. Porcher celle de vice-gérant. Mais comme cette sentence n'était faite que pour la cour, qui voulait faire paraître que ce n'était point par force et par violence qu'elle avait consenti

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