‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 168 sur 432 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

de Messieurs de Port Royal cette traduction. Ils arrêtèrent là dessus qu'un jour M. de Toulouse ferait cette proposition à l'Assemblée; que MM. de Montauban et de Montpellier l'appuieraient, mais que ce serait en l'absence de M. de Narbonne, M. de Montpellier présidant, qui les nommerait tous trois afin de chercher les moyens de procurer ce bien à l'Eglise ; sur quoi ils se donnèrent parole de se garder le secret.

Le dimanche 7 janvier, M. l'abbé d'Aubigny dit au même M. Taignier qu'il avait appris de M™e la princesse Palatine, qu'ayant demandé à la reine si elle n'irait point à Port- Royal adorer1 la Sainte Épine, Sa Majesté lui avait répondu que non ; qu'elle ne laissait pas néanmoins de croire qu'il y avait de très saintes filles dans ce monastère ; mais qu'il y en avait deux ou trois hérétiques.

Le 8, M. Magnet, docteur de la maison deSorbonne, étant venu voir M. l'abbé de Pontchâteau, dont il avait été précepteur, dit en présence de M. Lévêque d'Aulonne qu'il y avait un abattement effroyable parmi les molinistes, c'est-à-dire parmi les docteurs de son parti, qui paraissait même sur leur visage lorsqu'ils avaient appris le vœu qu'avait fait M. le cardinal Mazarin, qu'on envoyât recommander Mme Mancini8, sa sœur, aux prières de Port-Royal, dans la crainte qu'ils avaient qu'elle ne guérît par ce moyen ; et il ajouta qu'il était persuadé que l'on élevait autel contre autel, c'està-dire que l'on faisait des prières pour empêcher l'effet de celles des religieuses de ce monastère; ce qui était une parole épouvantable.

Ce même jour, M. l'archevêque de Sens dit dans l'Assemblée générale du clergé que la compagnie ayant toujours été occupée par les grandes affaires qui s'y étaient présentées, il avait cru ne devoir pas lui parler plus tôt d'une affaire de la dernière conséquence pour son diocèse, laquelle il avait aussi espéré terminer par quelque accommodement ; mais que le voyant impossible, et l'assemblée un peu plus libre, il croyait être obligé de lui demander sa protection

i. Sic.

2. Marie Hiéronyme Mazarini, mariée en 1634 à Michel Laurent Mancini, est la mère des nièces de Mazarin qui ont été si célèbres : Laure, Olympe, Marie, Hortense et Marie-Anne, et de trois fils dont un seul devait avoir une postérité : Philippe Julien, duc de Nevers.

contre une vexation que son église souffrait depuis plus de sept ans par le crédit des jésuites du collège de la ville de Sens, lesquels ayant déféré en 1649 à une ordonnance qu'il avait faite, par laquelle il défendait à tous les réguliers d'administrer le sacrement de pénitence aux fidèles de son diocèse pendant la quinzaine de Pâques, si ce n'était qu'ils eussent permission d'aller aux dits réguliers, de lui, de ses grands vicaires ou de leurs curés, qui ne feraient aucune difficulté de la leur accorder, s'avisèrent en Tannée 1650 de changer de conduite, et de dire que ceux qui avaient obéi l'année passée à ses ordres en avaient été châtiés par leurs supérieurs, et qu'ainsi ils ne voulaient plus s'y soumettre ; ce qui avait obligé son officiai à procéder contre eux, et eux à se défendre d'une manière tout à fait indigne et qui avait été rapportée tout au long dans le procès-verbal de Tannée 1650, à laquelle il avait porté ses premières plaintes ; qu'ainsi les Jésuites avaient interjeté appel au Saint Siège de toutes les procédures de son officiai, sur lequel ils avaient obtenu un bref en cour de Rome qui nommait pour commissaire M. Tévêque de Senlis, lequel ayant voulu prendre connaissance de ce différend en vertu de cette commission, l'Assemblée le trouva fort mauvais, et son promoteur, qui était seul en la cause, avait été conseillé d'en interjeter appel comme d'abus au Parlement où il avait fait assigner les Jésuites qui, faisant semblant de vouloir hâter le jugement, avaient fait anticiper l'assignation, et ordonner que lui archevêque prendrait fait et cause pour son promoteur; qu'il Tavait prise, et que se mettant en état de poursuivre cette affaire, les Jésuites l'avaient évoquée au conseil en règlement déjuges, sous un prétexte tout à fait extraordinaire, qui était que, quoiqu'il n'eût aucun parent dans le Parlement, cette instance en devait être évoquée parce que feu M. Tévêque d'Amiens avait une pareille affaire contre eux, lequel ayant un grand nombre de parents dans le Parlement, celle-ci y serait jugée par eux et servirait de préjugé pour celle de mon dit seigneur de Sens qu'ils supposaient être pendante au conseil pour être renvoyée en un autre Parlement ; que la compagnie voyait combien ce prétexte d'évocation était frivole; qu'il donnait lieu à toutes sortes de vexations contre les évêques qui voudraient faire leur devoir; et qu'encore qu'il se dût détruire de lui-même,

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