‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 192 sur 432 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

réveiller contre lui l'indignation de Rome qui avait censuré son ouvrage : De concordia regni et sacerdotii, qu'il avait composé avant que d'embrasser l'état ecclésiastique. Mais on reconnut bientôt par la différence du style que l'auteur n'était nullement de Port-Royal; et M. de Marca l'ayant lu changea pendant quelque temps sa crainte en approbation; mais cette disposition d'esprit ne fut pas pour lui de longue durée, et il ne tarda guère à avoir d'autres sentiments. Car comme la doctrine qui était établie par l'écrit tendait à remettre les choses dans le droit commun, et n'était pas favorable aux prétentions et à l'usage de la cour romaine, qui se fait une souveraine loi des exemptions et des privilèges, les réguliers, qui se sentaient attaqués fortement par cet ouvrage, en portèrent promptement leurs plaintes à Msr Piccolomini, nonce de Sa Sainteté, et ce prélat n'en conçut pas une autre idée que celle d'un ouvrage schismatiquequi allait directement à la destruction de l'autorité du pape et des droits de Rome. Dans cettepersuasion, il fît grand bruit à la cour pour en demander la suppression; et nous verrons dans la suite combien cette plainte lui réussit par la situation où étaient les choses en ce temps-là; à cause de la parfaite correspondance de ces deux cours, qui n'ayant alors que le même but et les mêmes desseins, n'avaient garde de se brouiller l'une avec l'autre. Ainsi M. l'archevêque de Toulouse, qui consultait plutôt les influences des astres de la cour que l'Écriture et les conciles, et qui avait pour premier principe de sa conduite hiérarchique de se ranger toujours du parti des plus forts, ne délibéra plus touchant les résolutions qu'il devait prendre en cette rencontre. 11 cria comme les autres contre cet ouvrage, qu'il ne condamnait nullement dans sa conscience, et se prépara à en être le persécuteur, pour le faire servir à sa cause et à l'établissement des vastes desseins de sa fortune, dont Dieu se joua à la fin comme il s'était joué de ses connaissances et de ses lumières.

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