LIVRE XVI
Ce prélat, qui est de la maison des Carafes, ne voulut jamais accepter un présent de quatre mille écus que le sénat lui faisait, et céda à la République plus de vingt mille écus de profit qui lui revenaient de la vente des revenus supprimés et des biens qui en dépendaient que Sa Sainteté a donnés à la République. Et quelque instance qu'on lui fît, il répondit qu'il les priait d'accepter de lui les vingt mille écus qu'il pouvait tirer du droit de l'aliénation de ces biens d'église, comme ils avaient reçu de Sa Sainteté les sept cent mille écus qu'elle en aurait1 pu profiter pour ses parents ou ses créatures, et que si le sénat en voulait témoigner à Sa Sainteté une véritable reconnaissance, il n'avait qu'à favoriser la cause des Jésuites, ou s'il estimait digne de récompense le zèle si passionné qu'il avait pour leur république,, ils agréassent les sollicitations qu'il faisait pour ces Pères. Le bref que Sa Sainteté a écrit à la République en action de grâces de cette réception n'est en rien inférieur à celui qu'elle avait envoyé pour leur rétablissement.
Le Révérend Père assistant d'Italie fut mandé par notre Père général, [pour aller rendre visite] à tous les cardinaux vénitiens et au résident de la République, pour les remercier de sa part et au nom de la compagnie des soins qu'ils avaient pris à conduire heureusement cette négociation; mais au lieu de recevoir nos remerciements, ils nous en faisaient eux-mêmes, protestant seulement qu'ils nous étaient infiniment obligés de la faveur que nous leur faisions après une si longue absence.
Notre Révérend Père général a écrit une belle lettre à Monseigneur l'ambassadeur de France, qui nous a obligés en cette rencontre autant qu'il le pouvait. Car ayant appris par quelqu'un de ses amis et des nôtres les difficultés que nos adversaires faisaient naître du côté du roi de France pour enclouer l'arrêt, il alla trouver tous les sénateurs en particulier pour les assurer que bien qu'il n'eût pas pour le présent des ordres formels de son maître pour traiter de cette affaire, dont la négociation avait été conduite avec tant de secret qu'il n'en avait eu le vent que depuis quelques moments, tant s'en faut que Sa Majesté se dût piquer qu'elle se terminât à son insu et à l'avantage de la compagnie,