LIVRE XVI
raisonnablement se promettre quelque chose de la protection de ce grand magistrat s'il eût vécu plus longtemps, mais les mémoires qu'on lui donna et qui furent aussi fournis à M. Fouquet, pour lors procureur général, par M. Du Gué de Bagnols, ancien maître des requêtes, ne servirent qu'à suspendre la décision de cette affaire pour quelque temps, afin que les défenseurs de la grâce de J.-C. et de l'autorité de leur évêque ne fussent redevables qu'à Dieu seul de leur conservation au milieu de tant d'orages et de tempêtes, et que la honte apparente qui devait être l'effet naturel de leur oppression manifeste fût suivie de l'avantage effectif d'un rétablissement d'autant plus glorieux qu'il y avait moins de lieu de l'espérer selon les règles ordinaires de la prudence. Comme cette première entrevue de M. de Marca avec M. le président de Novion n'avait encore rien produit, M. l'évêque deBeauvais, en remerciant ce magistrat, son cousin germain, des bons offices qu'il lui avait rendus en cette rencontre, s'en expliqua avec lui par une lettre où la générosité épiscopale paraissait assez pour trouver ici sa place. Voici ce qu'elle contenait :
Monsieur,
J'ai été averti par mes amis de ce qui s'est passé depuis peu de jours, dans une affaire qui m'est de la dernière importance. J'ai su les emportements de mes chanoines, qui ont été suivis de ceux de l'Assemblée ; j'ai aussi appris presqu'en même temps les peines que cette affaire vous donne parce qu'elle me touche, et que vous y avez déjà travaillé avec une vigueur digne de votre générosité, et avec une manière d'agir qui vous est toute particulière, et qui est aussi belle qu'elle est peu commune. Je vous avoue que de toutes les obligations dont je vous suis redevable, il n'y a rien qui me soit plus sensible que celle-ci, parce que c'est dans une occasion où je suis résolu d'aller jusqu'aux dernières extrémités, et de perdre plutôt la vie que de me rendre. J'ai très grand sujet de me plaindre de tout le procédé de ces Messieurs de l'Assemblée, et des lettres qu'ils m'ont écrites, ayant pris parti contre moi pour des chanoines parce que je n'ai pas fait ce qu'aucun d'eux n'a non plus fait que moi, et parce que ces chanoines ont entrepris ce qu'aucun chapitre de France n'a entrepris. Et ne souffrez m lu
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pas, Monsieur, puisque vous avez la bonté de vous intéresser en cette affaire, que M. de Toulouse dise que je ne veux pas acquiescer aux décisions de l'Assemblée; c'est ce que je n'ai jamais fait paraître ; et que je protège des chanoines qui ne veulent pas se soumettre à la foi et à la doctrine de l'Église. Cela n'est pas vrai, et il n'est pas question de la foi de l'Église dans l'appel comme d'abus. 11 est vrai que je protège les appelants parce qu'ils sont attachés à mes intérêts, qu'ils respectent et qu'ils soutiennent l'autorité que me donne mon caractère, que les autres méprisent et veulent abattre par un statut fait contre l'ordre et les règles de lajustice, avec une violence et une malice insupportables; et aussi parce que je ne connais point d'ecclésiastiques dont la vie soit si chrétienne, la foi, la religion et la doctrine si pures que celle de ces chanoines appelants, ni qui travaillent plus utilement pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, ce qui leur cause de l'envie. Vous pouvez, Monsieur, assurer sans crainte que je suis parfaitement soumis à la constitution du feu pape; que je l'ai fait soigneusement observer; que je continuerai autant et plus exactement qu'aucun évêque de France ; que j'aurai le même soin pour le bref; [que] je ferai tout ce que je croirai nécessaire pour cela, et que si j'y manque, j'en veux répondre de ma tête. C'est tout ce l'on peut désirer de moi raisonnablement, et il n'y a point d'accommodement à faire en cette occasion. Que l'on ne nous demande rien, et nous n'exciterons point de trouble. Mais s'il faut plaider, ce doit être au Parlement, où je ferai voir le grand intérêt que j'ai en cette affaire, et que j'y dois être considéré comme la principale partie. Et certainement, si l'aveuglement et l'emportement n'étaient sans exemple dans l'Assemblée, si la cabale et la brigue n'avaient été furieuses, jamais l'on n'y aurait pris la résolution qui vous cause de la peine et dont j'ai très grand sujet de me plaindre. M. de Toulouse est homme d'expédient et de négociation ; mais il ne s'y faut pas fier, et il n'est pas moins dangereux qu'il est habile. Je ne sais si sa députation excitera la persécution bien rude contre moi ou contre mes chanoines ; je m'imagine pourtant qu'elle n'est pas fort à craindre, puisque vous nous défendez. Je dois croire plutôt que votre entremise nous garantira de l'orage et nous fera avoir un succès avantageux.