‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 22 sur 432 · V. ci-dessus, p. 8 (livre XIV, en. v · texte numérisé non relu

V. ci-dessus, p. 8 (livre XIV, en. v

public, et qu'ainsi il les remettait au samedi suivant, onze heures du matin, pour comparaître au même lieu en l'audience qu'il leur donnerait. Et sur ce que M. Amyot insista que cependant il leur fat fait défense de faire aucune fonction dans sa paroisse, M. l'official repartit que c'était aller trop vite, et qu'il suffisait qu'il laissât les choses au même état où elles étaient, sans toucher aux défenses que ce curé avait faites lui-même à ces messieurs.

M. Amyot, étant sorti tout en colère, sans ôter son chapeau et sans dire adieu à personne, s'en alla du même pas porter sa plainte à Mme la marquise de Senecey * de ce que M. l'official, nonobstant la recommandation de la reine, était fauteur et protecteur d'hérétiques. Cette dame, qui n'avait pas moins de zèle que lui contre les disciples de saint Augustin, le présenta à la reine, et Sa Majesté à l'instant même commanda à M. Le Tellier d'expédier toutes choses pour chasser ces prêtres et pour réduire M. l'official à faire son devoir. Mais M. Le Tellier étant allé voir M, le cardinal Mazarin, son Éminence lui dit qu'il n'était nullement à propos d'aller si vite, puisqu'il était assuré que M. l'official condamnerait ces docteurs de Saint-Merry sans qu'il fût besoin de les reléguer par des lettres de cachet.

Le vendredi, M. Le Tellier et MM. les évoques d'Agde, de Périgueux et de Coutances allèrent chez M. l'official pour se plaindre à lui de la part de la reine de la protection qu'il donnait à ces prêtres de Saint-Merry, et pour l'exhorter au nom de Sa Majesté de terminer cette affaire par leur condamnation. M. l'official était trop engagé à la cour pour faire la moindre résistance ; il donna promptement parole d'exécuter en tout cela ce qu'on désirait de lui. Et lorsque M. le président de Novion et les paroissiens les plus considérables le sollicitèrent pour ces prêtres, dont la doctrine, la piété et la bonne conduite leur étaient connues, il répondit nettement à M. et Mme de Novion que la cour étant résolue de les faire condamner, il n'était pas en son pouvoir de s'en abstenir. Il dit même à quelques autres qui lui faisaient la même sollicitation qu'il regardait M. Duhamel

1. Marie Catherine de La Rochefoucauld, marquise de Senecey (1588- 1677) dame d'honneur d'Anne d'Autriche et gouvernante de Louis XIV, se montra toujours l'adversaire passionnée de P, R.

comme un homme mort pendant son exil ; mais ils lui répondirent vigoureusement et le couvrirent de confusion en lui disant qu'il devait donc dire la même chose de M. le cardinal de Retz, qui était bien plus qu'en exil.

Après ces sollicitations, le samedi suivant, M. l'official étant en son siège, sur les onze heures du matin, après avoir entendu encore une fois M. Amyot et les docteurs de Saint-Merry, ses parties, les renvoya leur disant qu'il verrait plus à loisir quel jugement il aurait à prononcer quand il aurait pris sur cela les conclusions du promoteur. Elles furent très sanglantes, et presqu'encore plus rigoureuses que celles que l'on prendrait contre des hérétiques. Enfin il ordonna sur les cinq heures du soir que ces prêtres s'abstiendraient de faire aucune fonction ecclésiastique dans la paroisse de Saint-Merry, suivant les défenses qui leur en avaient été faites par M. Amyot, leur curé, sous peine d'irrégularité en cas de contravention. 11 crut avec tout cela leur avoir rendu un service signalé pour n'avoir pas inséré dans la sentence les conclusions du promoteur, et couvrit par ce petit adoucissement l'injustice de son procédé, qui le rendait odieux à toutes les personnes équitables.

M. Amyot ayant obtenu cette sentence la leur fit signifier sur les sept heures du soir. Ils s'y soumirent à l'instant même et cessèrent de faire les fonctions de leur caractère dans cette paroisse, se contentant d'aller dire la messe en d'autres églises où on leur fit la charité de les recevoir.

La signification de cette sentence donna aux ecclésiastiques attachés à M. Amyot une entière liberté d'insulter à toutes les personnes de la paroisse qui avaient de l'affection et de l'estime pour ces prêtres opprimés. Ils eurent si peu de retenue qu'ils ne craignaient pas de rire publiquement à leurs yeux en pleine église. M. Amyot courut lui-même de tous côtés dans sa paroisse pour les décrier comme des hérétiques excommuniés, jusque là même que le frère de M. Duhamel le priant de recevoir un vicaire pour faire en sa place les fonctions de curé pendant son absence, cet homme emporté par la violence de sa passion refusa de recevoir qui que ce fût qui eût communication et intelligence avec lui, parce qu'il était persuadé que sa doctrine était hérétique, ajoutant qu'il voulait lui-même être son vicaire pour faire cette fonction en sa place et recevoir

tous ses droits qu'il lui ferait tenir par son clerc. Ainsi il se mit insensiblement en possession des deux portions qui font le revenu de la cure entière de Saint-Merry. Il chassa même un officier du chœur qu'il savait très bien n'être nullement instruit des matières contestées de la grâce, sous prétexte de quelque communication qu'il avait avec ces prêtres exclus des fonctions de sa paroisse, et parce qu'il y avait été installé par M. Duhamel; lui disant outrageusement qu'il ne pouvait souffrir sa secte hérétique, et que quand le roi même le prierait pour lui ou pour ses sectaires, il ne les recevrait point, ni lui, ni aucun d'eux. C'était là toute la modération de cet homme sage.

Dès que M. Duhamel, qui était alors à Belesme1 où il avait eu permission d'aller prendre des eaux, eut appris ce qui se passait dans sa paroisse, il les consola* par une lettre datée du 21 mars, par laquelle il leur mandait : « qu'il avait reçu les nouvelles de leur persécution, c'est-à-dire de leur triomphe et de leur gloire. Qu'il croyait que l'heure était venue en laquelle les puissances des ténèbres auraient le pouvoir d'exécuter leur vengeance et leur cruauté. Qu'ils avaient éprouvé ces paroles : E synagogis ejicient vos, et qu'ils étaient dans l'autre tribulation, savoir que leurs adversaires croyaient faire un grand sacrifice de les chasser, de les proscrire, et de les faire mourir. Que cela les obligeait de redoubler leurs vœux et leurs prières afin que Dieu leur donnât spiritum fortitudinis et consitii, pour avoir la modération qu'on doit avoir en ces rencontres, pour ne rien faire de bas et d'indigne de la grandeur de notre ministère et de la cause qu'on défend, et aussi de recevoir non avec faste, mais avec humilité la tribulation et les croix qu'il lui plait de nous envoyer, puisqu'en effet, quoique nous souffrions pour la justice, nous sommes criminels d'ailleurs et fort grands pécheurs. Qu'il faut bien encore demander la modération qui est nécessaire pour ne pas tomber dans l'aveuglement de ceux qui regardent les fonctions du ministère comme un établissement temporel, et qui par conséquent souffrent d'étranges peines de le

1. On voit dans l'histoire de Duhamel par Treuvé qu'il fut exilé à Langres, puis à Quimper, puis à Bellesnie ; sans doute Bellêine (Orne).

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