LIVRE XVI
remontrance, Son Éminence est venue à l'Assemblée sans qu'autres que ceux qui faisaient jouer tous ces ressorts en sussent rien. Elle arriva à huit heures et demie, si bien qu'il y avait peu de monde encore; chacun envoya quérir son renfort, et sur les neuf heures et un quart Son Éminence prit sa place. Sitôt qu'il fut assis, M. l'archevêque de Toulouse rapporta une requête du chapitre d'Àrras qui demandait que les agents intervinssent en une affaire qu'il a au conseil; quelques-uns dirent qu'ils n'avaient jamais été reconnus du corps du clergé de France; mais M. l'official et vidame de Reims soutint au contraire qu'ils étaient de la métropolitaine de Reims, qu'ils avaient toujours reconnu feu M. de Reims comme leur métropolitain, et que les agents devaient donner leur intervention. M. le cardinal allégua aussi des raisons pour appuyer cette proposition, et il passa qu'on interviendrait.
Cela fini, M. le cardinal dit qu'ayant appris que l'Assemblée avait député vers lui pour le prier de disposer le roi à trouver bon que l'Assemblée put en toute liberté exécuter ses délibérations, surtout en matière de doctrine, il avait voulu les prévenir et les trouver en l'Assemblée pour leur témoigner que rien ne lui serait jamais tant à cœur que le service du clergé, et pour leur représenter aussi les intérêts que le roi pouvait avoir, dans la conjoncture présente, que cette matière ne se déterminât pas en sorte que le pape pût en avoir du dégoût; que jamais ni concile générai, ni national, ni provincial, ne l'avait déterminée; que des particuliers l'avaient quelquefois écrite; mais que nulle assemblée d'évêques ne l'avait décidée; qu'on pouvait faire sur cela des livres tant qu'on voudrait sans que le pape le pût empêcher; mais que le clergé de France en général ne le devait pas décider puisqu'il ne l'avait jamais fait.
M. de Sens prit la parole et dit que cette doctrine était la doctrine de toute l'Église de France, et que c'était la seule barrière que l'on apportait aux papes quand ils disaient pouvoir disposer du temporel de nos rois et dispenser même leurs sujets du serment de fidélité. Gela arrêta un peu l'ardeur de ceux qui portaient le parti du pape, et donna, à mon avis1, sujet à beaucoup de se modérer et dire qu'il fallait chercher un tempérament pour contenter le roi et