‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 264 sur 432 · LIVRE XVT · texte numérisé non relu

LIVRE XVT

les points de fait, ce qui aurait pu être supportable; mais qu'ils avaient passé jusqu'à faire schisme en se séparant de la communion du Saint Siège et de tous les autres évoques qui avaient condamné les trois chapitres; ce qu'il n'est jamais permis de faire.

Enfin il montrait que la condamnation des écrits de Théodoret contre saint Cyrille était tout autrement bien fondée que ne pouvait être celle du livre de Jansénius, quand même Théodoret n'aurait jamais avancé aucune hérésie nestorienne.

1° Ces ouvrages de Théodoret que l'on condamne furent lus avec grand soin, et les propositions principales furent extraites mot à mot avec grande fidélité, au lieu que Ton condamnait Jansénius sur des propositions forgées par ses ennemis, après avoir fait croire faussement au pape et aux évêques qu'elles avaient été extraites de cet auteur et qu'elles y étaient mot à mot totidem verbis, comme le Père Annat le dit en termes exprès, ce qui est une fourberie dont il n'y a jamais eu d'exemple dans l'Eglise.

2° Ces écrits de Théodoret combattaient un ouvrage de saint Cyrille, très saint et très catholique et approuvé comme tel par un concile général, ce qui de soi ne pouvait être que très scandaleux et l'exécration de tous les catholiques, au lieu que le livre de M. d'Ypres n'a été fait que pour exposer aux yeux des fidèles la doctrine de saint Augustin, que tant de papes et de conciles nous ont assuré être la doctrine de l'Eglise, ce qui est un dessein très louable, très pieux et très édifiant.

3° Théodoret accusait saint Cyrille d'avoir avancé beaucoup de blasphèmes, d'impiétés et d'hérésies, dans un ouvrage qui ne contenait que les dogmes les plus certains de la foi catholique ; et quoique l'on puisse dire qu'il n'errait pas pour cela dans la foi, parce qu'il n'imputait ces erreurs à saint Cyrille qu'en l'expliquant en un sens qui était en effet hérétique, il s'ensuit toujours de là qu'il méritait au moins d'être condamné comme un calomniateur, etses écrits abolis comme très dangereux, puisqu'ils rendaient suspecte la foi de l'Eglise, que saint Cyrille n'avait fait qu'exposer dans ses anathèmes, comme il avait été défini par le concile d'Ephèse. Il n'y a rien, disait M. Arnauld de semblable dans M. dTpres, si ce n'est que les molinistes soient assez insolents pour

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oser dire que leur Molina, accusé et condamné de pélagianisme par deux papes, a dû être aussi inviolable à M. d'Ypres que saint Cyrille à Théodoret.

4. Cet ancien Père avait donné un très grand sujet d'être soupçonné de l'hérésie de Nestorius lorsqu'il écrivit contre saint Cyrille, parce qu'en ce temps là il était joint avec Nestorius; il soutenait son parti contre le concile d'Éphèse, et protestait même de ne souscrire jamais à sa condamnation, au lieu que M. d'Ypres, que l'on voulait rendre coupable des hérésies de Calvin, comme le Père Annat l'avait dit encore dans ce dernier écrit, avait combattu toute sa vie la secte de Calvin, et défendu contre elle la vérité de notre foi, par des livres invincibles, qui n'étaient pas moins glorieux à la religion catholique que honteux à ceux qui reconnaissaient si mal les services qu'il avait rendus à l'Église.

Ce mois donna beaucoup d'emploi aux défenseurs de la grâce de J.-C; car ils avaient déjà composé un autre écrit qu'ils firent tomber entre les mains des vicaires généraux de M. le cardinal de Retz, archevêque de Paris, et qui fit d'assez bons effets. Ils firent aussi un mémoire très solide pour l'instruction du Parlement, qui pourra trouver sa place en quelque endroit de cette histoire.

Mais Dieu, qui voulait exercer leur patience en éprouvant la pureté de leur foi, permit en ce même mois qu'ils reçussent une nouvelle humiliation, quoique par l'événement sa Providence leur en dût faire tirer un avantage très considérable pour la cause de l'Église. Le 22 on apprit que M. l'abbé de Ciron avait reçu de M. d'Alet la réponse d'un cas de conscience que M. Arnauld lui avait proposé pour la signature d'un docteur, qui étant convaincu que les cinq propositions n'étaient pas dans Jansénius, craignait de ne le pouvoir faire sans péché. MM Du Gué de Bagnols et de Saint Gilles étant allés ce soir là même chez cet abbé, il leur fit la lecture de la réponse du saint prélat, sur son original même dont il leur donna même une copie; et elle portait qu'après plusieurs sacrifices et prières là dessus, il croyait qu'un docteur convaincu en la manière que nous venons de dire devait néanmoins signer, non seulement la bulle, mais aussi le formulaire de l'Assemblée du clergé, parce que n'étant pas une chose constante et évidente en soi que Jansénius soit conforme à saint Augustin et que les proposi-

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