LIVRE XVI
Ii tint sa parole et s'y rendit sur les trois heures, étant accompagné de cet abbé. Ils dirent tous deux à M. de Bagnols que n'ayant pas trouvé M. Vincent, par où ils voulaient commencer cette négociation avec les communautés, ils avaient été voir M. Féret1, curé de Saint-Nicolasdu-Chardonnet, qui leur avait dit que M. Arnauld étant suspect comme ii était, il fallait qu'il commençât par une signature, par un acte public qu'il ferait devant les grandsvicaires, par lequel il reconnaîtrait qu'il recevait sincèrement la bulle, et qu'il y déférait de tout son cœur; ce qu'il devait faire, disait-il, pour édifier l'Église. M. de Bagnols, voyant que le discours de ce curé était tout à fait conforme à celui que son vicaire venait de faire pour la publication de la bulle, témoigna à M. l'archevêque de Rouen qu'on le remerciait de sa peine; qu'il voyait bien qu'il n'y avait rien à faire de ce côté-là.
Le samedi 28, sur les onze heures du matin, M. l'archevêque de Rouen étant revenu voir M. de Bagnols, lui dit qu'il avait dressé un mandement, et le lui laissa pour le faire voir. Dans cet acte, il faisait remontrer par son promoteur aux grands-vicaires qu'il y avait des gens qui ne recevaient pas la bulle et qui écrivaient contre le respect dû au saint Siège et contre l'obéissance qu'ils doivent à M. l'archevêque et aux ordres des grands vicaires. Il voulait qu'étant assignés sur cette remontrance, ils comparussent et déclarassent qu'ils recevaient la bulle avec respect, qu'ils n'avaient pas écrit contre, que depuis la publication ils avaient pris résolution de ne plus parler ni écrire sur ces matières impénétrables à l'esprit humain. Le projet de M. de Rouen portait que le promoteur témoignerait ensuite être satisfait de cette déclaration, et qu'ensuite les grands vicaires les renvoyeraient àleur maison et dans les fonctions de leurs charges, avec défense d'insulter et d'invectiver et plus parler de ces matières.
On prit copie de ce projet de mandement et on le mit ensuite entre les mains de M. Singlin,en lui témoignant que M. de Rouen consentait que l'on lui donnât le tour qu'on voudrait.
1. Hippolyte Féret, docteur en théologie, d'abord oratorien, puis curé de Saint-Nicolas du Chardonnet et vicaire général de Paris, donna sa démission eu 16*5 et mourut eu 1617.
384 MÉMOIRES DE GODEFKOT UEUMANT
Le dimanche 29, M. de Bernières alla voir M. de Rouen, son archevêque, et lui dit que Ton travaillait à donner le tour à son mandement.
Cependant la cour s'échauffait toujours pour pousser les choses àbout. Car ce jour là même, M. Du Plessis Guénégaudi secrétaire d'État, apporta à M. de Bagnols les projets de deux déclarations du roi qui lui avaient été envoyées par un prélat de l'Assemblée; dont l'une ordonnait au clergé de faire signer le formulaire à tous les ecclésiastiques, chapitres, communautés de religieux et de religieuses, et de ne conférer aucun bénéfice qu'à ceux qui auraient signé. L'autre était adressée au Parlement pour faire enregistrer la bulle d'Alexandre VII, avec cette déclaration que le roi ordonnait qu'elle serait exécutée de point en point, et que le Parlement tiendrait la main à l'exécution des jugements des juges ecclésiastiques.
Le 30 du même mois, comme il s'agissait d'établir en France sous prétexte de cette bulle une nouvelle Inquisition qui était tout à fait contraire à nos usages et à nos maximes, on envoya à M. Fouquet, procureur général, une copie de ces deux déclarations, avec un mémoire instructif des conséquences qui en seraient les effets inévitables. Voici ce qu'il portait :
« La déclaration que le roi envoie au clergé, approuvant tout ce qui a été fait dans l'Assemblée et exhortant MM. les évêques de faire souscrire et de punir les contrevenants, soit ecclésiastiques, soit laïques, il semble que touteautre déclaration qui eût pu être envoyée au Parlement ne pouvait être plus rude, ni établir plus assurément l'Inquisition en France; puisqu'en même temps le roi enjoint, par l'attache qu'il envoie au Parlement sur ces constitutions, de faire tenir la main à l'exécution des jugements qui seront rendus par les juges ecclésiastiques, si bien que toutes les personnes du royaume, de quelque qualité et condition qu'elles puissent être, étant inquiétées sous prétexte du jansénisme, ne pourront trouver aucun refuge au Parlement. Aussi la différence qu'il y a entre cette déclaration que le roi envoie présentement au clergé et celle qu'il a eu dessein d'envoyer ci devant au Parlement est que le biais que l'on prend à présent pour pousser et perdre s l'on peut les disciples de Saint Augustin est un peu plus
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artificieux et plus malin que celui que l'on avait d'abord résolu. Mais l'on espère que messieurs les gens du roi découvriront cet artifice, et qu'ils s'opposeront avec autant de vigueur à l'enregistrement de ces constitutions et de cette simple attache qu'ils firent il y a deux ans; puisque les conséquencesde cet enregistrement sont encore plus pernicieuses à l'État et plus préjudiciables aux particuliers que n'étaient celles de la simple constitution d'Innocent X. Et l'on peut dire que le pape serait reconnu infaillible en France, l'Inquisition établie, et les privilèges de l'Eglise gallicane entièrement anéantis. »
Le même jour 30, sur les dix heures et demie du matin, MM. de Bagnols et de Bernières portèrent à M. l'archevêque de Rouen une instruction de messieurs de Port-Royal afin qu'il vit jusqu'où ils pouvaient aller. Ce prélat leur 'dit que M. Vincent l'était venu voir, et qu'après lui avoir communiqué son expédient, ce supérieur de la Mission s'était jeté à genoux devant lui et lui avait dit que Dieu lui réservait cette affaire, qu'il s'était déjà servi de lui pour accommoder l'affaire de la morale, et qu'assurément il réussirait en celle là; que de sa part il y contribuerait ses soins, et que, comme il pouvait quelque chose dans les communautés, il l'assurait de les faire consentir à ce qu'il voudrait.
M. l'archevêque de Rouen, dans cette même conversation avec M. de Bagnols, fut un peu surpris de voir que l'on n'entrait point dans l'expédient qu'il avaitpris de faire parler les grands-vicaires de Paris par un mandement sur les remontrances du promoteur, et qu'au lieu de ce moyen on lui proposât une profession de foi. Il dit qu'il voyait bien pourquoi on ne voulait pas que le siège de Paris parlât, et que c'était afin qu'il pût une autre fois être juge de cette affaire. On le laissa dans cette pensée ; il demanda néanmoins la profession de foi- qu'on lui offrait; mais on lui dit qu'il n'était pas nécessaire de la lui donner parce qu'il fallait qu'il sût auparavant si M. le cardinal voulait sérieusement accommoder cette affaire. Il insista et dit qu'il était absolument nécessaire qu'il l'eût par devers lui pour savoir jusqu'où il pouvait aller; et on promit de le retourner voir le lendemain.
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