‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 281 sur 432 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

président leur dit qu'il avait appris qu'il y avait rumeur dans les enquêtes pour faire assembler les chambres sur une déclaration que Ton disait être au parquet; qu'il ne pouvait croire néanmoins qu'il y en eût aucune, parce que tenant la place qu'il tenait, il en aurait eu assurément avis, et que cela était de mauvais augure sur le départ du roi et serait mal interprété, et les priait de ne point aller à la grand'chambre. M. de Martigny lui dit qu'il était fort assuré qu'il y avait une déclaration entre les mains des gens du roi pour faire enregistrer au Parlement les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, et que c'était pour établir une Inquisition en France et ruiner les appellations comme d'abus ; qu'il en avait la preuve par le procès-verbal de l'Assemblée du 17 mars, qu'il avait à la main, par lequel il était dit que le roi serait supplié d'adresser ses lettres aux Parlements pour leur ordonner de ne point enregistrer des appels comme d'abus, et de tenir la main à l'exécution du jugement des évêques ou de leurs officiaux ; que ce même procès-verbal portait que tous les ecclésiastiques et communautés de religieux et religieuses souscriraient un formulaire qu'ils avaient dressé, et que l'importance de cette affaire n'étant que de conserver les droits du Parlement, si M. le président de Nesmond leur voulait donner parole qu'il n'en serait point parlé que dans l'assemblée des chambres, eux députés n'iraient point à la grand'chambre.

M. de Nesmond répliqua qu'il ne pouvait leur donner cette parole qu'il n'eût vu la déclaration ; que cela ne dépendait pas absolument de lui, mais de la grand'chambre.

Les députés étant retournés au cabinet, et y ayant fait rapport de ce que dessus aux députés des autres chambres, quelques-uns dirent qu'il fallait en aller faire rapport dans leurs chambres pour en délibérer de nouveau. Deux chambres allèrent à demander communication des déclarations, et les autres ayant persisté à l'assemblée des chambres, et la chose y ayant passé, ils prirent parole de se trouver le lendemain à sept heures au cabinet de la première pour aller ensuite à la grand'chambre.

Après cela, M. de Nesmond manda aussi messieurs les avocats généraux et leur dit qu'il y avait du bruit aux enquêtes pour une déclaration sur les constitutions, quoiqu'il ne crût pas qu'il y en eût aucune. M. Talon prenant la m 26

parole lui répondit : qu'il était vrai que M. le procureur général lui avait envoyé une déclaration avec les constitutions; qu'elle portait que les constitutions seraient enregistrées. M. de Nesmond lui répliquant : « Il n'y a donc rien, dit-il, qui parle d'Inquisition comme on l'a dit aux enquêtes?» M. Talon repartit que la déclaration ne parlait pas d'inquisition, mais qu'il était facile de faire voir que par cette déclaration on avait dessein d'en établir une, qu'elle la favorisait visiblement, et que M. le procureur général avait fait retirer de ses mains cette déclaration pour la faire passer en celles de M. Bignon.

Ce jour-là même, à neuf heures du matin, M. le cardinal Mazarin partit pour aller joindre le roi, et sur le soir, M. de Sens vint chez M. de Bagnols lui montrer un billet de M. de Langlade par lequel il lui mandait que l'enregistrement de la déclaration était différé jusqu'au retour de la campagne. Néanmoins, ce prélat ajoutait qu'il attendait encore jusqu'au lendemain des nouvelles de l'ordre que M. le procureur général en avait reçu.

Le mercredi 9, sur les sept heures du matin, les députés des enquêtes s'étant rendus dans le cabinet de la première, se trouvèrent partagés dans leurs avis; la première et la quatrième demandaient rassemblée des chambres; la seconde voulait avoir la déclaration; la troisième voulait attendre trois jours à cause du temps du départ du roi qu'on semblait avoir affecté. M. de Nesmond, qui avait été voir la veille M. le cardinal Mazarin à Vincennes, les ayant encore mandés par le greffier, pour le venir trouver au greffe, dès qu'ils y furent arrivés, il fit sortir tout le monde et leur dit qu'il s'était enquis de l'affaire; qu'il était vrai qu'il y avait eu une déclaration entre les mains des avocats généraux; mais qu'elle n'avait pas été mise par forme de communication au parquet, et qu'elle avait été seulement portée chez eux l'un après l'autre, et en avait ensuite été retirée ; qu'ils ne lui avaient demandé que sa parole de ne rien faire qu'après avoir assemblé les chambres; qu'il ne pouvait pas la leur donner; mais qu'il pouvait bien leur dire que le roi voulait prendre connaissance de cette affaire, et qu'après leur avoir parlé comme à des députés, il les assurait, comme ses amis et en grande confiance, qu'il ne se ferait rien sur cela au Parlement pendant six ou sept jours, et

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qu'il croyait que Sa iMajesté prenait ce temps pour donner lieu à la séparation de l'Assemblée de messieurs du clergé qui poursuivaient fort pour faire passer leur déclaration. M. Du Tronchay lui dit que cette parole n'étant que pour six ou sept jours, ils ne manqueraient pas d'en parler quand ce terme serait expiré; et qu'ils ne se tiendraient en repos qu'autant de temps qu'on leur garderait cette parole de ne rien faire, et non davantage. Ils se retirèrent là dessus avec résolution de s'assembler encore le lundi suivant sur cette affaire .

Ceux qui connaissaient le génie du cardinal Mazarin ne s'étonnaient pas beaucoup de voir un si prompt retardement dans une affaire que la cour, les Jésuites et les évêques avaient poussée avec une grande chaleur. Ils savaient ce que la crainte pouvait sur l'esprit de ce ministre, et comme on lui avait donné avis que cette affaire étant toute ecclésiastique, on y pourrait bien mêler M. le cardinal de Retz, il n'en fallait pas davantage pour l'arrêter tout court.

Cependant M. le nonce ressentait une peine extrême de voir l'autorité du Saint Siège comme en compromis entre les mains du Parlement de Paris, qui n'avait toujours que des pensées affreuses du tribunal de l'Inquisition, et qui ne s'était jamais endormi lorsqu'on avait tâché de l'établir dans ce royaume. La crainte d'un mauvais succès, et que les deux constitutions ne fussent déshonorées par Fexamen d'une compagnie pleine de formalité, l'obligea de prier M. le chancelier, le 10 de ce mois, de les retirer du tribunal de cette cour. Mais ce chef de la justice du royaume, qui prenait part à cette affaire par son aversion personnelle contre les disciples de saint Augustin, lui répondit qu'il saurait bien les faire valoir sans la participation du Parlement.

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