LIVRE XVII
à ce prélat pour le supplier d'exécuter sa parole; ce que désirant de faire, il se trouva que le Père Du Fresne, par une surprise digne de lui, lui avait fait signer un établissement formel en ce lieu du Saint-Esprit, et qu'ainsi ce n'était plus une simple mission qu'il pût révoquer sans aucune formalité, mais que pour fonder la révocation de cet établissement, il fallait informer des déportements de ces Pères, et recevoir pour cela les plaintes publiques et particulières qui seraient faites contre eux. Voici les paroles qu'ils avaient dressées eux-mêmes pour s'assurer d'un établissement fixe et durable :
Jacobus des Claux, Dei et Sanctœ sedis Apostolicx gratià Episcopus Aquiensls. Bona spiritualia quœ in variis hujus provinciœ locis ex missionibus Patrum Socletatis Jesu exoriri videmus, ardens jam pridem in nobis desiderium excitarunt eos in nostra diocesi obtinendi, certamque eis [sedem ?] constituendi qud possent prœdicti Patres ad majorent Dei gloriam saluti animarum quas tutelœ nostrœ Deus conjunxit commodins incumbere. Quamobrem cum dicti Patres nobis exposuerint velle se in oppido sancti Spirltus p7*ope Bayonam missionem seu residentiam stabilire, alque ad hoc facilitaient et consensum nostrum enixè postularint, ut animarum spirituali bono sicut in aliis regni provinciis utilius invigilare possint, nos eorum plis votis annuentes, et eos quanto possumus favore prosequi volumus, ut in dicto oppido sancti Spiritus fixum sibi domiciiium ponant, ecclesiam in commodiori loco yedificandam curent, et intérim ad sacrum missœ officium peragendum sacellum erigant et benedicant, sacramenta pœnitentix et sacrœ eucharistie Christi fidelibus impertiantur, verbi divini ac catechismi pabulo mentes re/îciant, demum ibi et in tota nostra diocesi ea omnia obire valeant, quœ societas Jesujuxta suum Instituturn pie ac laudabiliter exercere potes t ac solet.. In quorum ftdem} has prœsentes litteras signo sigilloque nostro munitas per secretarium nostrum expediri mandavimus. Datum Aquis in palatio nostro episcopali, die 12 septembres i 654. Ainsi signé : Jacobus Ep. Aqu. — Malles secrétaire.
Et scellé de cire verte avec le cachet dessus.
Les Jésuites, qui avaient surpris cette signature pour leur établissement sous prétexte d'une simple mission, ayant appris que M. Tévêque d'Acqs voulait envoyer sur les lieux
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son officiai accompagné de son promoteur et autres prêtres, pour informer de leurs déportements, le Père Hortaquin pour l'empêcher écrivit au sieur Saint-Martin une lettre pleine d'insolentes menaces de leur crédit à la cour; et il la conçut en ces termes :
« Monsieur,
u J'ai pensé que possible M. d'Acqs ne se souvenait pas de l'acte de son consentement pour notre établissement du Saint-Esprit, et que s'il s'en souvenait, il ne prêterait pas l'oreille à nos ennemis. C'est pourquoi j'ai jugé à propos de vous en envoyer cette copie. Le Père Bergoin en a dépêché une semblable à son neveu avec ordre de vous la faire communiquer. Les procédures de Sa Grandeur sembleront rudes à la cour. Et il se peut assurer que nous nous défendrons par la justice contre toutes sortes de violences et de nullités. Nous serions marris d'être réduits à cette nécessité et extrémité de la choquer, mais nous serions aussi bien aises qu'il voulût prendre la peine de comprendre que sa procédure n'est pas juridique. Vous pouvez beaucoup, Monsieur. C'est pourquoi nous vous supplions de vouloir empêcher de notre part que nos ennemis n'aient pas cet avantage de faire venir M. l'official contre nous. La forme en est odieuse, quoique nous n'appréhendions rien dans la matière, et que toutes nos actions soient et aient toujours été telles qu'elles doivent être. Ce qu'attendant de votre bonté, je vous assurerai que nous sommes, et moi en particulier, votre, etc. »
Mais ces sollicitations des Jésuites n'ayant point empêché que M. d'Acqs n'envoyât au Saint-Esprit M. l'abbé de Cagnon son officiai, homme de savoir et de probité, il n'y fut pas plus tôt arrivé le cinquième jour de mai 1657, pour informer du procédé de ces Pères, que la ville de Bayonne lui députa six personnes de marque, quatre du corps des magistrats et deux du conseil des Douze, pour savoir de lui si le sujet de son voyage n'était pas pour congédier ces Pères. A quoi il répondit que cela ne se pouvait pas d'abord pour les raisons alléguées ci-dessus; mais que la ville se pouvait assurer de recevoir toutes sortes de satisfactions de M. d'Acqs, qui s'intéressait à son repos. Ensuite ayant reçu les plaintes de plusieurs particuliers, et inséré dans son