‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 331 sur 432 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Interrogatoire de Desprez et de Langlois et de son gendre. On cherche M. de Saint Gilles. Lettres de cachet données à Melun à MM. Feydeau et Marcan docteurs. Mademoiselle va voir M. d'Andilly et la maison de Port-Royal des Champs.

Le dépit de M. de Marca, qui se voyait foudroyé par des écrits, n'était pas un emportement stérile. Ayant arrêté un libraire et des imprimeurs, il espérait venir par leur moyen

1, Les mots et si basse ne sont pas au ms.

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et par celui des distributeurs des nouveaux ouvrages à la connaissance des auteurs; et il s'en était expliqué pour faire entendre qu'il n'eût point épargné ceux dont les plumes lui étaient si désagréables, s'il les eût eus à sa disposition. Les magistrats subalternes ne s'endormaient pas de leur côté pour lui donner la satisfaction qu'il en attendait, et ce fut dans cet esprit que M. d'Aubray, lieutenant civil, fit prêter interrogatoire àDesprez, prisonnier à la Bastille, le 25 juin, et le continua le 27. Il le fit répondre particulièrement sur la connaissance qu'il avait de Du Mesnil, libraire de Rouen, sur son habitude, le pressa sur la déclaration de l'auteur des petites Lettres, et lui demanda si ce n'était point M. d'Andilly ou M. de Gomberville1.

Langlois ayant tout déclaré dans son interrogatoire, M. d'Aubray, lieutenant civil [en] ayant fait part à M. le chancelier, ce chef de la justice donna ordre de faire arrêter M. de Saint-Gilles qui avait eu un commerce plus particulier avec ces libraires, quoiqu'il ne fût auteur d'aucune de ces pièces, de sorte que pour exécuter plus aisément ce dessein, M. le lieutenant civil obligea Langlois, le 26 du même mois, d'écrire à son frère et à son fils en ces termes :

« Mon frère Jacques Langlois et mon fils. Vous ne manquerez pas d'aller trouver demain M. le lieutenant civil à son logis, et vous ferez ce qu'il vous dira. J'en recevrai du soulagement, et il me fait espérer bientôt ma liberté. »

Ce frère et ce fils de Langlois ayant fait ce qu'il désirait d'eux, le lendemain 27 juin, M. le lieutenant civil leur demanda s'ils connaissaient M. de Saint-Gilles, et leur montrant un archer du Prévost de l'Isle, il dit à ces imprimeurs qu'il fallait qu'ils demandassent à parler à M. de Saint- Gilles, et que cet homme pût venir et le reconnaître sans lui en témoigner rien, ni à personne du Port-Royal. Ils promirent d'en user ainsi, et étant venus le jeudi à Port-Royal avec l'archer, ils n'y trouvèrent plus M. de Saint-Gilles, qui s'était retiré dès le 26, aussitôt qu'il eut appris2 par Pinet, gendre de Langlois, cette conspiration contre sa liberté.

i. Marin Le Roy de Gomberville (1599-1674). bel esprit et l'un des fondateurs de l'Académie française, s'était lié dès 1644 avec MM. de P.R.

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