CHAPITRE XIX
Lettre de M. l'abbé Le Roy pour offrir à MM. Feydeau et Marcau un lieu de retraite en sa maison de Mérantais.
Depuis que MM. Feydeau et Marcan avaient reçu chacun une lettre de cachet pour se retirer, l'un à Cahors et l'autre à Sarlat, ils avaient essayé de se cacher en plusieurs diocèses, dans le dessein de s'y appliquer uniquement à la prière et à l'étude ; mais ayant trouvé beaucoup d'embarras et très peu de sûreté dans ces lieux où ils s'étaient réfugiés, on leur fit croire que M. Le Roy, abbé de Haute-Fontaine, aurait assez de charité pour les recevoir dans sa maison de Mérantais, située en la paroisse de Magny-Lessart au diocèse de Paris1; et en effet, dès qu'on lui en eut fait la proposition, il en témoigna beaucoup de joie par cette lettre qu'il écrivit à M. Feydeau, le 24 de juillet :
« C'est recevoir chez soi les anges, et même c'est recevoir l'arche du Seigneur pour se conserver contre les entreprises des Philistins, que de recevoir les personnes de votre sorte dans les conjonctures présentes. Jugez par cette pensée que j'ai quelle bénédiction j'attends de l'honneur que vous avez dessein de me faire, et avec quelle joie et quelle impatience je me prépare à votre arrivée. Vous ne m'aurez nulle obligation; mais je vous serai singulièrement obligé si vous daignez vous retirer en ce désert. Je vous déclare que vous en êtes le maître, comme si vous en étiez le propriétaire. Plus on est à Dieu, plus il me semble qu'on a droit aux possessions de cette sorte. Ce désert doit donc être à vous beaucoup plus qu'il n'est à moi, et vous en devez disposer absolument. Je serais bien malheureux si
1. Magny-Lessart ou Magny les Hameaux, est aujourd'hui encore la paroisse de Port-Royal des Champs. Mérantais est un des hameaux qui composent la commune de Maguy.