‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 75 sur 432 · I. C.-à-d. de V escalier · texte numérisé non relu

I. C.-à-d. de V escalier

venu apporter le saint viatique à cette femme était tombé avec le saint ciboire; mais qu'après avoir ramassé les hosties avec le plus de révérence qu'il lui avait été possible, cette femme avait reçu le corps de J.-C. avec grande dévotion, après avoir dit le Confileor et prononcé par trois fois en langue vulgaire Domine non sum dignus en la présence du Père l'Héritier, son confesseur, et de vingt personnes catholiques qui avaient accompagné le saint sacrement, le tout avec tant de liberté que le mari même avait aidé sa femme à se mettre à genoux, et que son mal la pressant, elle était morte avant que d'avoir reçu l'extrême-onction, quoiqu'elle l'eût demandée ; qu'après sa mort MM. du chapitre de Montauban voulant aller, selon leur coutume, pour lever le corps et le faire porter en terre, ils apprirent que les huguenots, au nombre de plus de deux mille, tous armés de pistolets et de fusils, ayant à leur tête les ministres et les consuls de leur religion, avaient emporté le corps de cette femme pour l'enterrer dans leur cimetière; ce qui avait été fait nonobstant les remontrances des officiers du présidial de Montauban ; que dans cette émotion plusieurs catholiques avaient été blessés et maltraités par ceux de la prétendue religion; et même le sieur Agon, archidiacre de l'église de Montauban, et l'un de ses grands vicaires, contre lequel on avait tiré l'épée pour le tuer; que l'on avait contraint le sieur Carrière, consul catholique, après avoir reçu plusieurs coups, de crier au milieu de ces huguenots soulevés : « Vive la religion ! » entendant par ce mot la prétendue. Qu'enfin les ecclésiastiques, après avoir reçu beaucoup d'outrages et souffert plusieurs paroles injurieuses, avaient été obligés de se retirer pour éviter un plus grand désordre, voyant qu'il n'y avait point de sûreté pour eux ni pour les autres catholiques. Un autre endroit de ce même procès-verbal apprend encore de plus grandes particularités de ce tumulte qu'il attribua au ministre Labadie, qu'il appelle le misérable apostat, le plus impie et le plus méchant de tous les hommes, le plus grand imposteur et hypocrite dans les différentes professions qu'il a faites de jésuite, d'ecclésiastique et d'ermite. Qu'après la harangue de ce boutefeu, cette troupe séditieuse marchant dans les rues s'était augmentée d'un peuple innombrable; que le bourgeois était sorti de sa maison en armes, que l'artisan avait quitté

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