‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 11 sur 524 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

personnes, c'est encore maintenant le sujet de leur vanité, et ils ne se vantent pas seulement d'avoir eu au nombre de leurs disciples les principaux professeurs que nous avons vus fleurir en Sorbonne, mais même plusieurs illustres prélats, tels qu'ont été saint François de Sales et M. le cardinal de Bérulle.

Il est vrai que leur crédit même pensa les ruiner sans ressource, et que les parricides commis par leurs disciples contre la personne sacrée de Henri le Grand furent suivis des supplices exemplaires de quelques-uns d'eux, et du bannissement de toute la société hors du royaume, par un célèbre arrêt du Parlement1. Mais le crédit qu'ils avaient au delà des monts ayant fait faire de grandes instances à Rome pour leur rétablissement, jusques à vouloir mettre cette clause comme l'une des conditions nécessaires à l'absolution du roi, on les rappela avec des précautions qui par l'événement ont été avantageuses à leur politique, car ceux d'entre eux qui étaient obligés de suivre la cour pour servir d'otages publics de la fidélité de leur compagnie se sont insensiblement rendus maîtres de la conscience de nos rois par leurs intrigues.

Quoiqu'ils n'enseignassent pas encore dans Paris lorsque la Faculté de Théologie se trouva partagée sur l'affaire de M. Edmond Richer* son syndic, pendant la régence de la reine mère, Marie de Médicis, on peut dire néanmoins qu'ils y dominèrent par leurs disciples et par leurs maximes, et que les impressions qu'ils avaient faites sur les esprits formèrent dès lors un parti qui règne encore. Ayant obtenu la liberté d'enseigner dans leur collège de Clermont vers

1. Allusion aux arrêts du Parlement contre Jean Châtel (17 décembre 1594), contre les jésuites. Guéret et Guignard (5 et 17 janvier 1595) contre toute la Société des jésuites. — (Annales des Jésuites, I, 570 et suiv.)

2. Edmond Richer (1560-1631) fut élu syndic de Sorbonneen 1608; et s'efforça de rétablir l'ancienne discipline et les libertés de l'Église gallicane. Il trouva une grande opposition chez le docteur Duval et autres partisans des jésuites qui ne cessèrent de le persécuter, surtout après qu'il eût fait paraître son livre de la Puissance ecclésiastique et politique ; ils le firent même déposer du syndicat en 1612. Plus tard, après lui avoir suscité bien d'autres traverses, Richelieu et le P. Joseph lui arrachèrent une rétractation. 11 ne survécut pas à cette violence et mourut très peu de temps après.

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l'année 1618, ils ont eu plus de part à tout ce qui s'est passé dans l'Eglise. L'inquiétude de leur esprit leur attira, en l'année 1624, la censure contre Santarel1, théologien de leur société, et celle contre la Somme de François Garasse* en l'année 1626. Mais rien n'a jamais été capable ni de leur faire changer de sentiments, ni de les soumettre à l'autorité des évéques, ni d'empêcher qu'ils ne détournent les peuples de l'obéissance qu'ils doivent à leurs curés et à leurs pasteurs, ni de leur faire garder aucunes mesures dans l'entreprise qu'ils ont formée de changer toute la face de la théologie par des nouveautés profanes et par des maximes accommodantes et relâchées.

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