Ms. : séculière
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Ils avaient eu soin d'y représenter la naissance, l'accroissement, les fonctions, les souffrances et l'honneur de leur compagnie, de se représenter tous comme des héros qui naissent le casque en tête, de décrier comme hérétiques tous ceux qui leur avaient résisté, et d'apprendre à toute la terre que les païens qui n'ont jamais été éclairés des lumières de l'Évangile sont humbles et modestes auprès d'eux.
Ils se plaignaient eux-mêmes de ce que le livre de M. d'Ypres était venu troubler la joie de cette fête, dont ils étaient occupés ; et c'était leur véritable disposition, quoiqu'ils accusent les amis de cet évêque de les en avoir menacés. Mais ne pouvant souffrir la moindre opposition à l'établissement de leur doctrine et à l'éclat de leur gloire, ils crurent se devoir servir de deux moyens pour troubler les cendres de ce prélat, qui était mort dans une très grande odeur de piété ; et en même temps qu'ils le décriaient comme un hérétique dans l'esprit de leurs confédérés et de leurs dévotes, ils tâchaient de prévenir le Saint-Siègeâ*par les habitudes qu'ils ont à Rome.
Et comme ce prélat les avait insensiblement irrités en mettant à la fin de son ouvrage un parallèle entre leur doctrine et celle des anciens semipélagiens, ils crurent lui devoir rendre le change, dans des thèses qu'ils firent soutenir à Louvain le 22 mars 1641 par un de leur société, où non seulement ils tâchaient de se justifier de l'accusation de pélagianisme et de semipélagianisme, en montrant la conformité prétendue de leur doctrine avec l'Écriture, les conciles, les saints Pères et les scholastiques, mais même ils entreprenaient de faire voir que la doctrine de Jansénius est contraire aux définitions du saint Concile de Trente ; qu'elle est conforme aux propositions condamnées par Pie V et Grégoire XIII, aussi bien qu'aux sentiments de Calvin et des autres hérétiques des derniers temps, et qu'elle impose aux jésuites et aux saints Pères de l'Église. Le P. Jean de Jonghe1 présida à cette thèse, et Jean Groll, de la même société, la soutint. Ils eurent soin de la faire imprimer aussitôt à Louvain avec des notes, et cette année
1. Jean de Jonghe, jésuite belge (1 .'195-1669). — Jean Groll ne ûgure pas dans la Bibliothèque de3 écrivains de la Compagnie de Jésus de
même ils la firent imprimer à Paris,, par Charles Chastelain, libraire de la rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Constance.
Comme ils travaillaient de leur côté à accabler la doctrine de*saint Augustin par leurs intrigues et leurs cabales, elle trouvait des défenseurs en plus d'un lieu. A Louvain, Jacques Zeggers, libraire, qui avait imprimé Jansénius, avait porté sa plainte contre les jésuites, par une requête présentée au cardinal-infant. M. Fromond, professeur en théologie et exécuteur du testament de M. d'Ypres, ne s'endormit pas ! Il répondit aux thèses des jésuites, et publia la même année, au mois de septembre, un livre intitulé : Anatomie de Vhomme, qu'il dédia au cardinal François Barberin1, pour servir d'instruction à l'examen du livre de cet évêque. Le P. Vivier, prédicateur du cardinal-infant dans la Sainte-Chapelle de Bruxelles, avait présenté un mémoire au cardinal de la Cueva*, ayant pris part à cette querelle parce qu'ayant été autrefois écolier de Vasquez, il ne pouvait souffrir que Jansénius n'eût point parlé de ce jésuite avec tout le respect qu'il croyait lui être dû, et parce que le libraire Zeggers, parlant de lui dans sa requête, avait épargné son nom par respect, il s'en plaignit par un libelle intitulé : Traits lancés et repoussés, et on y répliqua par une Petite éponge de ses fautes, et par un autre intitulé : Bouclier3, etc.
On publia aussi dans la même ville un livre intitulé : Parfaite conformité d'Augustin oV Hippone et d'Augustin d'Ypres touchant la volonté de Dieu pour le salut et la rédemption de tous les hommes par J.-C. exprimée par des thèses antapologétiques à Louvain, qui sera soutenue dans un lieu que Jacques Zeggers est près de marquer, quand les adversaires le jugeront à propos.
On imprima aussi à Paris en ce temps un traité de
1. François Barberini (1597-1679), neveu d'Urbain VIII, jouit de la plus grande autorité sous le pontificat de son oncle. Sous Innocent X, il dut se réfugier avec sa famille auprès de Mazarin qui lui fit rendre une partie de ses biens.
2. Alphonse de la Gueva, plus connu sous le nom de marquis de Bedmar (1512-1655), religieux de l'ordre d'Alcantara, fut ambassadeur d'Espagne à Venise, puis cardinal et gouverneur des Pays-Bas.
3. On peut consulter au sujet de ces différents libelles l'Histoire générale du Jansénisme du P. Gerberon (Amsterdam, 1700), tome I" pages 17 et suivantes. Gerberon appelle le P. Vivier Vivero ou Bivero.
Florent Conrius1, de Tordre des Frères mineurs de l'Observance, archevêque de Tuam en Hibernie, intitulé : Le 'pèlerin de Hièrico, dans lequel Fauteur expliquait l'heureuse création de notre nature, sa malheureuse chute, ses blessures déplorables et son rétablissement par la miséricorde de Dieu. Cet ouvrage n'était qu'un tissu de passages de saint Augustin qui expliquait la doctrine de ce Père, et Théodore Macnamène, hibernois, le dédia au pape Urbain VIII.
On joignit à ce livre les censures des Facultés de Louvain et de Douai touchant quelques écrits dictés à Louvain sur l'Écriture sainte, la grâce et la prédestination, en Fan 1586. Et quelque temps après on fit aussi imprimer : Justification ou défense de la censure de la sacrée Faculté de théologie de V Université de Louvain, contre les propositions de quelques professeurs jésuites, touchant VEcriture sainte, ta prédestination et la grâce de J.-C, dressée par l'ordre des révérendissimes et illustrissimes évéques du Pays-Bas.
Et on publia aussi la même année le Songe aV Hippone sous le nom de Philetyme, bachelier formé en théologie, qui était un jeu d'esprit pour faire plaider la cause de ce différend devant le tribunal de saint Augustin, qui fut depuis augmenté et imprimé sous un autre titre, savoir celui de Conventus africanus, M. Frômond auteur.
Mais il était plus malaisé de se défendre de la politique des jésuites que de décider avec eux cette question par les armes de la théologie. Ils voulurent oublier en un instant le grand nombre de livres que leurs Pères avaient écrits en ce siècle sur la matière de la grâce, et firent un crime à M. d'Ypres d'en avoir fait un, l'accusant d'avoir troublé la paix commune qui était si nécessaire, principalement dans la conjoncture des affaires et de l'inquiétude du temps présent. Car comme ils voulaient se conserver dans une paisible possession de faire régner Molina * dans toutes les écoles du monde, il fallait intéresser le Saint-Siège et tous
i. Florent Courius ou Cocri (1560-1629) fut envoyé par le pape Clément VIII eu Irlande pour y soutenir la cause catholique, mais proscrit, il dut retourner en Espagne où il mourut.
2. Louis Molinu (lo:j;j-1601). Ce jésuite, qu'il ne faut pas confondre avec Antoine Molina le Chartreux, mort en 1612, ni avec le quiétiste Michel Molinos (1627-1096), fit imprimer en 1589 un ouvrage latin sur l'accord du libre arbitre et de la grâce qui a ëté la cause première de' toutes les discussions théologlques du xvne et du xvni» siècles.
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les princes de l'Europe dans la défense de leur cause, et rendre Jansénius odieux à toute la terre, pour avoir osé renouveler une dispute qui ne leur avait jamais été avantageuse quand elle s'était faite dans les règles.
Cependant ce moyen leur fut plus avantageux que tous les autres : la cour romaine approuva leur crainte. Il s'y fit un décret de l'Inquisition, le 4 mars 1641, où le pape renouvela le décret de Paul V, qui ordonnait à tous les nonces de faire savoir à tous les supérieurs d'ordres, universités et ordinaires de leur nonciature, défense d'imprimer rien sur la matière de la grâce, même sous prétexte de faire des commentaires sur saint Thomas; et M. le cardinal Barberin en écrivit le 21 juin de la même année à M. l'archevêque de Malines1, au sujet de ces livres contre M. d'Ypres.
Le 6 juillet suivant, le pape donna aussi un bref pour cet effet, et l'adressa au cardinal-infant, en se plaignant des écrits qui avaient été faits de part et d'autre, et l'exhortant à contribuer [par] ses soins pour empêcher que ce feu ne s'allumât davantage; et le premier jour d'août de la même année, on défendit, par un décret de l'Inquisition, l'impression et la lecture du livre de Jansénius, les thèses des jésuites de Louvain, la plupart des écrits que nous venons de rapporter, et généralement tous les ouvrages qui avaient été publiés et se publieraient à l'avenir pour et contre cet évêque. M. le cardinal Grimaldi*, alors nonce en France, ayant aussi reçu ce décret, l'adressa à M. l'archevêque de Reims, Léonor d'Estampes de Valençay', par une lettre du 23 août 1641, pour le porter à le faire observer dans sa province.
Les jésuites eussent été pleinement victorieux si la chose en fût demeurée là. Ils auraient été dispensés d'un combat dont l'événement ne leur pouvait être que très douteux. Mais du moins ils avaient l'avantage d'avoir engagé Rome de bonne heure, et cette première démarche leur était un gage de ce qu'ils en devaient espérer à l'avenir.
1. Jacques Boonen (1573-1655), fut évêque de Gand, puis archevêque de Malines.
2. Jérôme Grimaldi (1597-1685), gouverneur de Rome, évêque d'Albano en 1628, et archevêque d'Aix en 1648.
3. Léonor d'Étampes-Valençay (1588-1651), évêque de Chartres, puis archevêque de Reims.