LIVRE I
en bourgade, etdans les villages même, pour donnerle sacrement de confirmation à ceux qui ne l'avaient pas reçu et pourvoir aux autres nécessités des fidèles. Son zèle leur parut trop grand, et lesporta jusqu'à des excès que l'on ne peut déclarer qu'à la honte de notre religion. Car ils ne craignirent point de le faire déférer par leurs émissaires jusqu'au conseil protestant du roi d'Angleterre, et ne le laissèrent point en repos jusqu'à ce qu'ils l'eussent réduit à se retirer d'un royaume où ils ne le pouvaient souffrir dans l'exercice de ses fonctions.
Mais avant que ce grand scandale arrivât, un docteur nommé Kellisson1, recteur du collège des Anglais dans Douai, nepouvant souffrir plus longtemps un renversement si public de la hiérarchie et de l'ordre établi par J.-C. pour le gouvernement de son Eglise, écrivit en sa langue un traité de la hiérarchie ecclésiastique où il releva l'autorité des évêques pour en inspirer la vénération aux peuples, dans l'esprit desquels les Jésuites tâchaient de l'anéantir entièrement.
A peine ce livre parut en public qu'Edouard Knott3, sousprovincial des Jésuites d'Angleterre, y répondit dans le même langage par un libelle qu'il intitula : Modeste et bref examen de quelques propositions enseignées far le docteur Kellison (sic) en son traité de la Hiérarchie ecclésiastique. Et pour déshonorer davantage M. de Chalcédoine, il donna à son ouvrage le nom de Nicolas Smith, qui était un jésuite du nombre des parents de ce prélat et qui était mort il y avait déjà quelque temps. 11 y joignit l'approbation de deux docteurs de la Faculté de Paris, l'un nommé Reverdy s, de Tordre des Augustins, et l'autre de celui des Carmes, appelé De Vaux.
1. Matthieu Kellisson, ou Kellison (1560-1641), professeur de théologie à Reims, devint chancelier de l'Université puis recteur du collège de Douai. Outre sa polémique contre le jésuite Knott, il est encore auteur de nombreux ouvrages.
2. Edouard Knott (1580-1656) s'appelait de son vrai nom Mathias Wilson. D'abord préfet du collège anglais de Rome, il devint viceprovincial, puis provincial des jésuites d'Angleterre. Ce fut un de ceux qui contraignirent Richard Smith à quitter ce royaume.
3. Pierre Reverdy (1594-1619), prieur des Augustins en Anjou et A Chitillou-sur-Indre, fut élu provincial en 1649 et mourut au couvent de Paris. Il avait un frère jésuite.
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Le clergé d'Angleterre ne trouva pas de voie plus courte pour réprimer cet excès que d'en extraire des propositions qu'il envoya à la Faculté de Paris, dont il demanda le jugement, en la priant de faire rendre compte à ces deux docteurs de leurs approbations. Mais dans le temps que la môme Faculté était occupée aux délibérations, l'on publia un autre livre anglais, sous ce titre : Apologie du procédé du Saint-Siège apostolique dans le gouvernement des catholiques iï Angleterre durant la persécution, avec la défense de Vétat religieux, par Daniel de Jésus, qui était l'ouvrage de Jean Floyd1, jésuite anglais, professeur à Saint-Omer, et le mystère de ce nom consistait dans le nom et le renversement des lettres (Daniel of Jesu — Joannes Fluide).
Ce nouveau libelle donna à la Faculté de Paris un surcroît de matière pour prolonger ses délibérations, qui se terminèrent enfin, le 15 février de l'an 1631, à une censure de ces livres.
Mais avant qu'elle parût, Messire Jean Françoisde Gondi8, archevêque de Paris, en avait publié une autre pour appuyer de son autorité la condamnation des erreurs dont ces livres étaient remplis.
Les évêques qui se trouvèrent alors à Paris se crurent obligés de prendre part à une affaire qui les regardait tous, et d'arrêter une doctrine si pernicieuse à tout le troupeau de J.-C. 11 était visible que les jésuites seuls étaient les véritables auteurs de ces ouvrages de ténèbres. Mais pour se conduire avec toute la prudence et la modération possibles, ils crurent devoir faire venir devant eux leur provincial, qui se contenta de faire porter ses excuses par le recteur de leur maison professe, pour leur dire de sa part qu'étant actuellement appliqué à ce qu'ils appellent exercices spirituels, il lui était impossible de les venir trouver, qu'il était dans une très grande ignorance du fait de ces
1. Jean Floyd, jésuite anglais, entra dans la compagnie en 1593 et écrivit sous le nom de Daniel de Jésus et d'Hermannus Loëmilius. Banni d'Angleterre, il alla enseigner la théologie à Saint-Omer et à Louvain. Il a laissé de nombreux ouvrages de théologie. Dans les documents contemporains, son nom s'écrit aussi Floyd ou Floïde ; on sait combien était alors capricieuse l'orthographe des noms propres.
2. Jean François de Gondi (1583-1654) d'abord capucin, succéda en 1622 à son frère Henri comme évoque de Paris dont il devint le premier archevêque en 1623.