‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 141 sur 524 · Alphonse Le Moyne, docteur de Sorbonne, mort en · texte numérisé non relu

Alphonse Le Moyne, docteur de Sorbonne, mort en

esprit de tous les esprits médiocres de Sorbonne : Ingenium inter mediocria optimum, parce qu'il prétendait avoir l'un des premiers rangs parmi les plus élevés. 11 manquait aussi des talents extérieurs de M. Lescot, qui, quoique picard de naissance et originaire de Saint-Quentin, affectait une gravité de colosse; mais il n'était pas beaucoup moins intéressé que lui, et croyait que cet emploi de professeur royal de Sorbonne le mettrait en place pour être élevé aux plus hautes dignités de l'Église.

Tout le monde a dit que dans la nomination que l'on fit de sa personne pour succéder à M. Lescot, il avait donné parole par lui au cardinal de Richelieu d'entreprendre dans ses écrits la réfutation du livre de Jansénius; ce qu'il ne fit néanmoins que quelques années après, parce que s'étant embarqué sans biscuit, et sans s'être jamais appliqué à la lecture de saint Augustin, il voulut du moins en acquérir une connaissance médiocre avant que de se déclarer chef de parti, comme il fit après avoir fait imprimer les deux petits tomes de la grâce, recueillis autrefois à Louvain du corps des ouvrages de ce saint docteur de l'Église; ce qui fut un très grand secours pour plusieurs personnes, qui eurent la commodité de s'instruire des sentiments de ce Père, mais qui n'y remarquèrent pas ce que M. le Moyne avait cru y découvrir.

On a cru aussi que M. Habert, théologal de Paris, était entré dans cette intrigue et s'était dès lors engagé, de concert avec le premier ministre et M. Lescot, à entreprendre la réfutation de Jansénius dans la chaire de l'église cathédrale de Paris, comme il le fit effectivement, mais d'une manière scandaleuse, sur la fin de cette année.

Ce théologal de Paris était un homme qui avait acquis avant ce temps-là une assez grande réputation; il savait la langue grecque, faisait d'assez beaux vers latins, avait fait imprimer quelques actions composées en style ecclésiastique, c'est-à-dire tissues des termes de l'Écriture, et il paraissait aimer l'étude, pour laquelle même il se retirait assez souvent dans une maison qu'ilavaitau-delàdufaubourgSaint-Honoré, appelée Les Ternes. Il avait beaucoup d'habitude chez M. le Chancelier, et de la parenté ou de l'alliance avec des maîtres des requêtes qui étaient en quelque considération.

Non seulement il avait paru jusqu'alors ami de M. Arnauld,

et avoir beaucoup d'estime pour M. l'abbé de Saint-Cyran, n'ayant parlé qu'avec éloges de ses papiers, après les avoir examinés depuis son emprisonnement, mais même il avait témoigné du zèle pour la doctrine de Saint-Augustin, car lorsque le P. Gibieuf, docteur de Sorbonne et prêtre de la congrégation de l'Oratoire, publia son livre où les principales maximes de ce saint Père de l'Eglise sont soutenues, M. Habert l'avait approuvé. Mais il était arrivé depuis ce temps-là un incident qui l'avait blessé. Carie père Sirmond, jésuite, ayant pris part dans la querelle des jésuites d'Angleterre ses confrères pour obliger Aurelius de prendre le change, M. le théologal de Paris l'avait aussi approuvé, avec M. Martineau1, docteur de Sorbonne, chanoine de Notre-Dame comme lui, et depuis évêque de Bazas. Une si étrange conduite avait excité un grand scandale, car on ne comprenait pas qu'il eût si peu considéré l'intérêt de la vérité, l'honneur de la Faculté de théologie, sa mère, la part que tout le clergé de France et particulièrement M. de Paris, son archevêque, pouvaient prendre dans la cause de Petrus Aurelius,, leur défenseur, et qu'une pure complaisance pour le P. Sirmond, confesseur du roi, eût eu plus de force sur son esprit que tant d'engagements si pressants. Aussi Aurelius ayant imprimé un livre intitulé : Orthodoxus, pour repousser le P. Sirmond, et ce nouvel ouvrage ayant été publié avec tous les autres qu'il avait faits sur cette matière, ensuite d'un résultat (sic) de l'assemblée générale du Clergé de France qui l'avait autorisé et fait imprimer par son ordre et à ses dépens, il s'était plaint de la liberté que ces deux docteurs s'était donnée d'approuver, contre les formes et sans aucune supplication à la Faculté, un livre que les propres confrères de l'auteur n'avaient osé approuver euxmêmes.

Cette plainte si juste et si raisonnable ayant aigri l'esprit de M. Habert, il prit la résolution de s'en venger contre celui qu'il savait être l'ami de celui qui, dans l'estime de tout le monde, passait pour auteur du livre intitulé Petrus Aurelius, et il l'avoua lui-même quelque temps après à un de ses amis, reconnaissant que sa chaleur avait été en cette rencontre un effet de son ressentiment.

1. Samuel Martiueau, docteur de Sorboune, sacré évèque de Buzas eu 1646, mort eu 1667.

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Il prit donc l'occasion de l'un des trois sermons qu'il était obligé de faire en toute une année dans l'église de Paris, comme pour sonner l'alarme contre le livre de M. l'évêque d'Ypres et contre ceux qui le soutenaient; il dit en pleine chaire de cette cathédrale, le premier dimanche de l'Aveu L 1G42, ces paroles pleines de feu et de bile : « Ce n'est plus aux hérétiques de Charenton que nous avons affaire, c'est un parti qui s'en va ruiné. C'est contre les enfants mêmes de l'Église que nous devons combattre, qui comme des vipères déchirent le sein de leur mère; ils disent qu'ils ont la charité, mais la charité sans la foi n'est rien. »

Voilà le premier transport de la passion secrète de M. Habert, qui entreprit par son autorité particulière de traiter publiquement d'hérétiques un très grand nombre de prélats et de théologiens, tant du clergé que des ordres religieux. Et il fit en cette rencontre tout ce qu'il put pour arracher du sein de l'Église ceux quiysonttoujoursdemeurés unis très étroitement, sous prétexte de les décrier comme des vipères qui déchirent le sein de leur mère, et comme des schismatiques qui entreprenaient de la diviser. Ces paroles séditieuses furent comme le premier signal de la guerre intestine de l'Église. Les jésuites, dont le théologal flattait l'animosité, en ont été les échos depuis ce temps-là par tant de déclamations scandaleuses qui ont retenti par toute la France. Il leur donnait le mauvais exemple de faire ces invectives schismatiques et de rompre publiquement le lien de l'unité, sans être en cela ni les organes ni les interprètes de l'autorité des prélats. Car M. Habert n'en avait nullement reçu l'ordre de M. l'archevêque de Paris. Il se donnait à lui-même cette mission funeste, qui ne devait produire que du scandale et du désordre. Et il laissait Charenton en-paix, pour chercher dans l'Église même des hérétiques qui ne l'étaient que dans les ténèbres et la fumée de sa passion.

Mais ce n'était encore là que les préludes de ses excès, il fit voir dans la suite que ce premier emportement n'était pas l'effet d'une saillie fortuite, et que sa passion était trop forte et trop allumée pour pouvoir se consumer si promptement.

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