‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 190 sur 524 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

dans sa préface que ce n'était pas l'auteur de la Fréquente Communion, mais seulement son ouvrage qu'il attaque, qu'il honore autant et respecte le premier qu'il improuve le second, et qu'il supplie le sieur Àrnauld de le croire ainsi, et de séparer la doctrine de la personne ; après avoir dit en un autre endroit : « J'ai délibéré de faire au livre de M. Arnauld une correction aussi charitable que véritable et sincère, avec tout le respect dû à sa personne que j'honore, et que je serais marri de blâmer d'autre faute que d'une erreur d'entendement »;il n'y a point d'injures dont il ne se servît pour noircir tout ensemble sa doctrine et la réputation de sa personne. Car la passion qui l'avait engagé à écrire ce livre de la Pénitence Publique le portait sans cesse à l'accuser d'extravagance, d'impertinence, d'émotions et de saillies de jeunesse, de renversement d'esprit et d'entendement, de jugement et d'imagination blessée, de maladie d'esprit ; d'être visionnaire, de n'avoir pas le sens rassis, et d'avoir le sens commun renversé. Et pour diffamer sa piété et sa vertu, il la voulait faire passer pour semblable à la probité apparente des inventeurs et patriarches des sectes damnées. Il lui attribuait partout des desseins de fourberie, d'embûches et de révolte contre l'Église, pareilles à celle d'Arius, Luther et Calvin, et des inventions malicieuses et empoisonnées des hérétiques et schismatiques. Il lui reprochait des biaisements, des paroles qui sont toujours à double entente, des ruses, des discours cauteleux et raffinés, des souplesses d'équivoques, des fourberies, des embûches et des supercheries qui sont propres aux semeurs de nouveautés, aux hérésiarques qui n'ont pour fin que de tromper et de surprendre. »

Cependant, comme ce livre n'était rempli que de violences et d'injures, et ne répondait nullement à la réputation que le P. Petau s'était acquise par ses travaux précédents, il ne réussit ni à l'auteur, ni aux Jésuites qui s'étaient promis le triomphe comme une chose toute certaine quand ils l'avaient engagé dans le combat. La hauteur sur laquelle il s'était placé d'abord pour traiter M. Arnauld comme les Jésuites qui sont élevés dans les chaires du collège de Clermont traitent leurs petits disciples, avait choqué les honnêtes gens. Car il déclarait qu'il avait promis au public de ruiner d'estime et de crédit la conduite du livre de la Pré-

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quente Communion, à la production duquel, disait-il, la témérité concourt avec l'ignorance et la partialité. Et il témoignait être pressé d'un juste ressentiment, voyant que cette doctrine a passé pour bonne qui porte la division dans l'Église, et de ce que ce livre a paru comme une riche production d'esprit et desavoir, quoiqu'il n'eût rien qu'un ébauchement de quelque connaissance vague et confuse, et qu'un essai d'une jeunesse qui commence d'apprendre et qui n'a pas encore assez étudié. Mais la voix publique ne lui fut pas aussi favorable que l'avait été l'applaudissement de ceux de son ordre; et ce jeune docteur qu'il traitait avec un si grand mépris lui apprit dans ses réponses quantité de choses qu'il paraissait n'avoir jamais sues jusqu'alors. Ce qui obligea M. de Montchal, archevêque de Toulouse, l'un des plus habiles prélats de France dans l'estime même des Jésuites, d'écrire ainsi à l'un de MM. ses confrères : « Le Père Petau fait le Miles gloriosus contre M. Arnauld; mais à conférer leurs livres, il ne passerait que pour un jeune disciple de celui dont il fait le maître. »

La suite a fait voir que le livre de la Fréquente Communion avait été comme un écueil contre lequel la haute suffisance et la réputation du P. Petau étaient venues échouer ; et sa fierté fut obligée de le reconnaître, en le portant à se retirer de bonne heure du combat sur cette matière qui exerça encore les esprits pendant quelque temps.

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