‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 192 sur 524 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Jésuites, et les accusait de s'être emportés de part et d'autre à des extrémités, il se persuada d'être appelé à leur commune réconciliation, et se décrivant lui-même, il dit dans son Épitre dédicatoire : qu'il est quelquefois nécessaire en ces rencontres qu'il intervienne un Mercure, c'est-à-dire un esprit ouvert, tranquille, facile et désintéressé, qui dans l'affection sincère du bien public porte au milieu de leurs combats le caducée, entendant par ce mot un avis plus judicieux et plus modéré, pour les réduire à un bon accord, en sorte que si leurs différends viennent à partager les esprits dans le monde, une doctrine plus raisonnable les rallie dans les mêmes sentiments. Que c'était ce qu'il avait osé entreprendre, plutôt par un zèle religieux qu'il eût de luimême, faisant voir avec le docteur Arnauld un excès très vicieux et très condamnable dans l'indulgence et facilité que la plupart des nouveaux directeurs apportent en l'administration des sacrements de pénitence et de l'eucharistie ; et d'autre part l'exhortant en ami et en frère de relâcher quelque chose avec laquelle il voudrait ajuster la discipline présente à celle de l'antiquité.

Ce n'était nullement la prétention de M. Arnauld de vouloir que l'on pratiquât les canons de la pénitence dans toute leur sévérité, et il croyait avoir marqué dans son livre tout l'esprit de condescendance que l'on pourrait désirer de lui raisonnablement. Ainsi il n'eut rien à lui répondre que par les éclaircissements généraux qu'il donna pour lever les difficultés de ceux qui avaient proposé des objections à son ouvrage. Les Jésuites, que M. Hersent poussait plus vertement sur le relâchement de leurs casuites, avaient plus d'intérêt que lui à s'opposer à ce nouveau traité de la Fréquente Communion. Mais soit qu'il ne dit rien de nouveau contre eux et qui n'eût été dit plus fortement par M. Arnauld, soit qu'ils craignissent de faire diversion, ils le négligèrent, et la crainte qu'il avait eue fut sans effet. Car il témoignait dans cette épître avoir sujet d'appréhender dans l'humeur difficile ou bizarre qu'il apercevait dans la plupart des esprits du temps, que voulant concilier les deux partis, il n'attirât sur sa personne et sur ses mémoires l'envie et la haine des uns et des autres, comme ceux qui, voulant séparer des hommes qui se battent avec chaleur, s'enfoncent eux-mêmes dans leurs armes, dont ils

tâchaient d'empêcher l'efret. Cette pensée aurait été assez juste si son livre eut eu plus de force qu'il n'avait, et ce n'était pas sans fondement qu'il craignait de passer dans ce temps-là pour un autre Ismaël, duquel l'Écriture dit : « Que sa main était contre tous, et la main de tous contre lui. » Il ne faisait pas mal son portrait quand il formait ce jugement de l'estime qu'il pouvait avoir dans le monde; mais on n'avait pas tout à fait besoin de cette nouvelle expérience pour en concevoir cette idée, et toute la conduite de sa vie y portait naturellement tout le monde.

Aussi ne remarqua-t-on point que M. le cardinal Mazarin s'appliquât beaucoup à appuyer ses pensées de la force de son jugement et de sa protection, quoiqu'il se tint assuré que son Eminence les trouverait conformes au sens de l'Église.

Les éloges dont il le comblait dans la suite de sa lettre n'obtinrent pas de cette Eminence l'effet d'une prière qu'il lui faisait. Car il lui disait : que parce qu'il n'était pas assez téméraire de penser qu'un ouvrage si court et de si peu de travail fût capable de calmer la tempête qu'il voyait émue entre les catholiques, sur les matières de la communion et de la pénitence, comme un peu d'huile jetée dans la mer, suivant l'opinion des anciens, peut rompre la violence de ses flots quand elle est dans sa fureur, il prendrait la hardiesse de joindre ses très humbles remontrances1 à celles d'une infinité de gens de bien, pour conjurer Son Eminence d'employer son crédit, qui était, disait-il, très grand auprès de Sa Sainteté et de notre bonne reine et de MM*r8 le duc d'Orléans et le priucede Condé, pour obtenir la permission d'un concile national dans ce royaume, qui ralliant les esprits divisés dans une même compagnie et dans un même dessein, semblait être en ce temps un remède très nécessaire pour régler, par l'autorité du Saint- Esprit, par l'Écriture et la tradition, non-seulement ces différends, mais bien d'autres encore, qui ne sont pas de moindre conséquence, dans la matière de la grâce, de la hiérarchie, du sacrement de confirmation, de l'état et condition des réguliers dans l'Église, et dans beaucoup d'articles concernant sa discipline, les cas de la conscience et des

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