‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 198 sur 524 · livre m · texte numérisé non relu

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de la Fréquente Communion et des maximes de M. de Saint- Cyran .

Il n'y avait rien paru de si outrageux que ce libelle. Car après avoir attribué à M. de Saint-Cyran des maximes très pernicieuses, qu'il n'avait jamais soutenues et qu'il prétendait être tirées de son information, il les voulait trouver ensuite dans le livre de M. Arnauld, ne l'accusant de rien moins que de dire qu'il n'y a plus de véritable Église; le comparant sur ce sujet avec Luther et Calvin, et disant avec la dernière effronterie que c'est une vérité qui ne peut être contestée de personne, que la doctrine contenue dans le livre delà Fréquente Communion n'est pas pire que celle de Calvin, et que c'est aussi toute l'approbation que l'on lui peut donner.

Quoique M. Arnauld eût apporté dans son livre plusieurs ouvertures du saint concile de Trente pour le rétablissement de la discipline de la pénitence, il lui reprochait de ne pas recevoir ce concile, et disait en l'air : que le grand secret de la cabale c'est de ne point connaître le concile de Trente pour légitime, et de dire que c'est un concile qui a été fait par le pape et les scholastiques.

11 renouvelait encore l'affaire du Chapelet secret, en y mêlant des blasphèmes qui ne s'y trouvèrent jamais, pour en prendre occasion de s'emporter à cette invective : « Ma main en tremble d'horreur, disait-il, quand elle se voit obligée pour désabuser les esprits qui ont été prévenus de cette fausse maxime, d'écrire la haute impiété où est arrivé ce projet malheureux de détourner, et, pour ainsi dire, d'arracher les âmes de la sacrée communion. Je ne le dirais pas si la pièce n'avait été publique; le scandale n'en est pas encore tout à fait levé. On l'appelait le Chapelet de Saint-Cyran, qui contenait les pratiques spirituelles qu'il donnait à quelques personnes qu'il élevait en son école. L'une de ces instructions portait qu'il était loisible à une Ame de désirer d'être privée, à l'heure de la mort, de la communion du corps du Fils de Dieu, pour imiter le désespoir du Fils de Dieu en croix, lorsqu'il fut abandonné de son Père. Est-ce la bouche d'un homme, ou l'organe animé d'un démon qui a formé cette pratique et vomi ce blasphème? Jamais Calvin ne l'a conçu si horriblement.

Kt puis, mettez la conduite de votre vie, la direction de

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votre conscience, et le salut de votre âme cuire les mains de ces gens-là! Pasteurs des âmes, je le dirai avec respect, comme je le dis avec charité : vous en êtes responsables. Que ne quittez-vous les faux ombrages, et la jalousie que ceuxlà vous donnent de votre autorité, qui n'ont autre dessein que de la renverser. Lisez leurs maximes, et voyez jusqu'à quel point d'indignité ils abaissent vos personnes sacrées, que de les dégrader et d'effacer en vous, s'ils pouvaient, le divin caractère qui rend votre ministère adorable à tous les hommes. Ne sont-ce pas là des traits de la souplesse dont tout leur livre est composé, quand ils flattent vos courages à leur servir d'appui au rétablissement de l'ancienne discipline de l'Église? N'est-ce pas vous faire avouer que vous avez été aveugles jusqu'à présent, que vous avez trempé dans Terreur et dans l'altération de l'Église; que vous avez consenti à son dérèglement, autorisé son abu«, favorisé sa funeste corruption, et que vous-mêmes vous avez jeté les filets qui enveloppent aujourd'hui tous les chrétiens dans l'impénitence finale? Et quand ces fourbes et ces traîtres vous font tourner la puissance que Dieu vous a donnée, pour soutenir leurs erreurs contre ceux-là mêmes qui vous sont fidèlement soumis à la garde de votre troupeau; n'est-ce pas commettre les maîtres du bercail avec leurs bergers, afin de les prendre au défaut de leur correspondance, et parmi leur désunion, faire le ravage qu'ils ont minuté1 dans l'Église de laquelle Dieu vous a fait les pasteurs? »

Cela tendait à persuader aux évêques de rétracter les approbations si avantageuses qu'ils avaient données au livre de la Fréquente Communion; de regarder Petrus Aurelius, et tous les défenseurs de la hiérarchie comme des fourbes et des traîtres et leurs ennemis capitaux, et de croire que les Pères Cellot et Bauny étaient pleins de respect et de zèle pour leur dignité sacrée. Cette prétention était fort grande, aussi ne réussit-elle point.

Mais après avoir sollicité les princes de l'empire de J.-C. à traiter ainsi M. Arnauld, il ne restait plus qu'à engager les puissances à éteindre cette querelle des Jésuites dans le sang de tous ceux qui n'avaient que trop mérité la mort

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