Jérôme Séguin, Jésuite (160T
2i() MÉMOIRES DE GODEFBOl HERMANT
CHAIMÏHK XI
Ordre donné à M. Arnauld d'aller à Rome, expédié par le3 intrigues et à la sollicitation des Jésuites. Tous les ordres de l'Église et de FÉtat fout des remoutrauces à la reine sur ce sujet.
Si la reine se fût conduite par les mouvements des Jésuites, qui ne lui inspiraient dans leurs libelles et par leurs intrigues que des conseils violents, elle aurait porté la main sur l'arche et aurait pris l'encensoir, en jugeant de ses juges mêmes, et assujettissant l'autorité des évêques à la puissance royale. Comme ils ne l'entretenaient dans les livres qu'ils dédiaient à Sa Majesté que de contrition et d'attrition, de délai d'absolution, de la nature du sacrement de pénitence, des rechutes dans les crimes et des noms de factions qu'ils donnaient aux approbateurs et aux défenseurs du livre de la Fréquente Communion, en les traitant de 'pénitenciers y de jansénistes, de cyranistes et d* arnàuldhtes , elle aurait cru que, s'agissant de religion, il était du devoir de sa piété d'exterminer toutes les personnes qu'on lui représentait comme une secte dangereuse. Mais Dieu lui donna assez de lumière pour ne pas se laisser surprendre par ces conseils inhumains; et quoiqu'ils missent toutes choses en usage pour la flatter, en lui attribuant une entière autorité dans les choses spirituelles, elle s'estima obligée de se renfermer dans ses limites, sans vouloir décider d'une matière de religion, et ne devoir pas étendre jusque là la souveraineté de sa puissance royale.
Les Jésuites ayant donc vu qu'ils avaient mal pris leurs mesures sur ce sujet, eurent recours à un autre moyen et entreprirent de bannir M. Arnauld du royaume; faisant inspirer à la reine par leurs partisans de lui commander de sortir de France, pour aller se justifier à Rome du livre qu'il avait composé, comme si cet ouvrage fût devenu mauvais dès qu'il avait commencé à leur déplaire.
Cette intrigue leur réussit assez bien pour en faire expédier l'ordre à M. Arnauld, et pour y comprendre aussi M. de Barcos, neveu de feu M. de Saint-Cyran et son successeur dans cette abbaye, quoiqu'il n'y eût pas le moindre prétexte de lui faire ce commandement, n'ayant point écrit de cette