CHAPITRE XXJV
De ce qui se passa cette aunée dans Amiens, au sujet des sieurs de Labadie et Dabillon.
11 faut quitter pour quelque temps les libelles des Jésuites, pour rapporter le trouble qu'ils causèrent dans Amiens en soulevant toutes sortes de personnes contre l'évêque de cette grande ville, qui leur était devenu odieux depuis qu'il avait approuvé le livre de la Fréquente communion, et qu'il tâchait de faire observer dans son diocèse les règles saintes de l'administration du sacrement de pénitence.
Ce prélat1, fils de M. Le Fèvre de Caumartin, garde des sceaux de France, avait amené avec lui deux prêtres, qui avaient porté assez longtemps la robe de jésuite, et qui en étaient sortis avec des certificats authentiques, l'un du P. Jacquinot, provincial de Guyenne, et l'autre du P. Mutio Vitelleschi2, général de leur Société.
Le premier, nommé Jean de Labadie*, ou n'étant pas encore connu pour ce qu'il était, ou n'étant tombé que dans la suite du temps, par un secret jugement de Dieu, dans des égarements effroyables qui l'ont dans la suite conduit hors de l'Église, avait ménagé dès son pays de Guyenne des habitudes avec le couvent de la Conception de Paris, où Mme la présidente de Nesmond avait une fille unique. Cette dame qui avait été éblouie, comme plusieurs autres, de l'extrême facilité avec laquelle il prêchait, en rendit un témoignage si avantageux à M. l'évêque d'Amiens, qu'il crut avoir fait une conquête très avantageuse en lui donnant de l'emploi dans son diocèse, comme à un digne ouvrier de l'Évangile. Ce fut par cette même considération qu'il y attira aussi le sieur André Dabillon*, qui avait aussi un très grand don
1. François Le Fèvre de Caumartin (1587-1652), évêque d'Ainieus en 1618.
2. Mutius Vitelleschi, jésuite ^1563-1645), général de son ordre eu 1615.
3. Jean de Labadie (1G10-1674). Il sera lougueinent question de lui dans la suite de ces Mémoires.
4. André Dabillon, d'abord jésuite, fut entraîué par Labadie mais ne