LIVRE III
que de celle de l'Église, il se contenta d'en dresser un procèsverbal qui est devenu public par l'impression. (Il est imprimé dans un écrit intitulé : Récit véritable du procédé tenu par M. Vévêque d'Amiens, etc.).
Cependant les emportements des Jésuites continuaient toujours. Les régents de leur collège dictaient tous les jours des thèmes à leurs écoliers contre le livre de la Fréquente communion. Ils répandaient mille médisances par toute la ville, soit par eux-mêmes, soit par le ministère de ceux qui leur étaient plus particulièrement attachés en qualité de membres de leur congrégation. Et comme leurs partisans ne pouvaient nullement douter que les preuves résultantes des informations ne fussent plus que suffisantes pour décréter contre eux, ils ne manquèrent pas d'émissaires qui, pour les garantir des poursuites de M. l'Évêque d'Amiens, et le réduire lui-même avec ses deux prédicateurs à la nécessité de se défendre, répandirent dans Paris et dans la plupart des villes du royaume un écrit contenant quatorze propositions erronées, avec cette inscription : Doctrines prêchées dans les églises d'Amiens par les sieurs de Labadie et Dabillon durant le carême. Et au bas : « M. Vévêque d' Amiens veut interdire les Jésuites de ce qu'ils n'adhèrent pas à cette doctrine. »
Il n'est pas malaisé de voir que les auteurs de cet artifice agissaient uniquement par la prudence de la chair. Car si le zèle de la religion eût été leur véritable motif, ils auraient soutenu devant leur évêque que les prédicateurs qu'il employait dans son diocèse avaient donné lieu aux répréhensions publiques du P. Le Juge, parce qu'ils prêchaient publiquement ces erreurs, quoique dans le fond, il eût encore été de l'ordre de les déférer devant le tribunal de ce prélat, à qui ils étaient responsables de leur doctrine, parce qu'ils tenaient de lui leur mission. Mais au lieu de les déférer devant un tribunal où il eut été fort aisé à ces deux prêtres de faire paraître leur innocence, ils aimèrent mieux répandre contre eux de toutes parts des bruits vagues et confus, qui étaient capables de les rendre odieux à tout le monde, et de faire considérer en même temps les plus séditieux emportements des Jésuites comme une chaleur digne des défenseurs de la foi et de la religion orthodoxe.
Cependant, comme le peuple qui sait assez mal démêler
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des choses de cette nature, pouvait aisément se laisser Surprendre, M. d'Amiens, qui apprenait de toutes parts le progrès de la calomnie, porta ses deux prédicateurs à désavouer et condamner ces propositions, par un acte signé de leur main, comme leur étant faussement et calomnieusement imputées, et comme contraires à la foi, piété et saine doctrine de l'Église catholique, apostolique et romaine. Ils n'eurent aussi nulle peine à faire ce désaveu de vive voix, savoir : le sieur Dabillon en l'église cathédrale d'Amiens, et le sieur de Labadie en l'église paroissiale deSaint-Leu, en présence de ce prélat même qui le leur avait ordonné, et d'une foule innombrable de peuple, afin de lever le scandale que cet artifice avait pu causer dans l'esprit des simples, sans que ces deux prêtres y eussent donné de leur part aucun sujet. Ils témoignèrent hautement que s'ils en usaient de la sorte, ce n'était pas par manière de rétractation , puisqu'ils n'avaient jamais prêché ces propositions qui leur étaient imputées. Ils en prirent à témoin M. l'évêque d'Amiens, qui avait toujours assisté à tous les sermons du carême dans sa cathédrale, et tout le peuple qui y était venu les écouter avec un concours extraordinaire; et ils déclarèrent que si leurs auditeurs avaient remarqué quelque chose de semblable dans leur doctrine, ils étaient prêts d'en répondre devant ce prélat qu'ils révéraient comme juge de la doctrine.
La cour fut d'autant plus alarmée de ces propositions que ceux qui les avaient forgées prenaient un soin particulier de publier de toutes parts que cette nouvelle doctrine avait rempli toute la ville d'Amiens de séditions et de meurtres; que l'on y prêchait publiquement l'hérésie; qu'un homme s'était pendu par désespoir, après avoir ouï prêcher de la pénitence; que l'on enseignait la nécessité des pénitences publiques, même dans les rues; que l'on avait jeté quantité de chapelets dans la rivière ; enfin on mit toutes sortes de faussetés en usage pour empêcher le cours juridique des procédures, que le tribunal ecclésiastique avait commencées contre le P. Le Juge, et les transmettre au magistrat séculier, qu'ils espéraient leur devoir être plus favorable.
La chose leur réussit comme ils l'avaient projetée, car la reine régente, qui s'était laissé prévenir par tant de faux bruits, fit ordonner à M. de Chaulnes1, intendant de la
1. Il s'agit sans doute ici de Henri-Louis d'Albert d'Ailly, appelé par