LIVRE III
bacheliers d'approuver ou de soutenir lesdites propositions, condamnées par les bulles des papes Pie V, Grégoire XIII et Urbain VIII.
Ce retardement de la Faculté montre évidemment qu'elle ne considérait point encore le livre de M. FÉvêque d'Ipres comme un ouvrage condamné par le Saint-Siège, et que la pratique de recevoir des bulles par lettres de cachet lui étant nouvelle, elle devait prendre du temps avant que de subir ce joug. Mais M. Habert étendit cette conclusion par un acte de sa façon, qu'il inséra dans un de ses livres, et qu'on lui montra être faux par des raisons dont il n'a pu se défendre.
La chaleur avec laquelle on voulait faire recevoir cette bulle donna lieu à un petit écrit qui parut alors et qui avait été composé entre le 1er et le 15 du même mois, avec ce titre : Difficultés sur la Bulle qui porte défense de lire le livre de Cornélius Jansénius, évêque d'ipres, les thèses des Jésuites, et autres ouvrages sur la matière de la Grâce. Ce petit écrit contenait vingt-sept réflexions fort importantes, dont les principales étaient la variété de six exemplaires de cette bulle; une manifeste antidate, parce qu'elle contenait des écrits qui n'auraient été composés qu'après qu'elle avait été dressée; le défaut de publication, avoué même par M. le nonce à M. l'archevêque de Sens, et plusieurs autres considérations semblables.
Dès le 12 de février de cette même année, cette bulle lut publiée en Espagne, par les soins de D. Diego Arce Reinoso, évêque de Plaisance et inquisiteur général dans tous les royaumes et états de Sa Majesté catholique. Mais l'Université de Louvain la considérant comme une pièce obtenue par importunité et par surprise, travaillait toujours, par le moyen de MM. Sinnich * et Ilecht*, sesdépulés vers le Saint-Siège, pour en empêcher les mauvais effets, et la faire même révoquer. Comme elle apprit par les bruits que les Jésuites en répandirent, que la Faculté de Paris l'avait reçue, ce qui était faux, elle lui en témoigna sa douleur,
t. Jean Sinnich (1593-1666), né eu Irlande, professeur et recteur de l'Université de Louvaiu. Il demeura quelques années à Rome comme député de cette Université. Il est auteur de plusieurs ouvrages de théologie sur la grâce.