LIVRE I
de la compagnie, ils ont visité M. Filesac, doyen de la Faculté de théologie et lui ont fait entendre les ressentiments que l'assemblée avait des travaux de Petrus Aurelius, l'estime qu'elle faisait de sa doctrine, et des livres qu'il a faits pour la défense de l'Eglise, et l'ont prié de savoir si, pour témoignage de reconnaissance, il aurait pour agréable de recevoir une pension du clergé, ou quelque autre gratification; que le sieur Filesac leur' a protesté, en foi de prêtre, qu'il ne savait qui est Petrus Aurelius; qu'il avait reçu quelquefois des feuilles pour l'impression de ses œuvres par diverses personnes qui la plupart lui étaient inconnues, et qu'il croit, que puisque se cachant il s'était privé de l'honneur qu'il méritait par son zèle et par ses écrits, il ne se découvrirait pas pour en avoir récompense, et qu'il ne pense pas qu'il pût désirer une plus grande satisfaction de son travail que d'apprendre les sentiments qu'une assemblée si célèbre1 et tant de grands personnages que celle-ci en témoignent.
Mais ni ces témoignages si glorieux du clergé de France, ni l'éclat des récompenses encore plus avantageuses que M. le cardinal de Richelieu promettait à quiconque se déclarerait l'auteur de Petrus Aurelius, n'eurent pas la force d'éblouir les yeux de ce savant inconnu, que l'on avait un si grand empressement de découvrir. Comme il ne cherchait que Dieu seul pour récompense de son travail, il demeura dans sa retraite et dans le silence, et ne craignit rien tant que de perdre par des intérêts humains le mérite d'un travail où il ne s'était engagé que pour l'honneur de J.-C. et pour la gloire de son Église.
Il est vrai que la voix publique commença dès lors à attribuer cet ouvrage à feu Messire Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Gyran', comme on lui avait attribué avec fondement, quelques années auparavant, trois volumes intitulés : La Somme des fautes et faussetés capitales contenues en la Somme théologique du P. François Garasse, de la Compagnie de Jésus, etc. Quoique ces deux sortes d'ouvrages fussent écrits en deux langues différentes, on y voyait néanmoins le même fonds de connaissances et de lumières et