‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 261 sur 524 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

de France en cette affaire, qui ne se promettait rien moins aux premiers jours qu'une censure apostolique contre M. Arnauld et son livre*.

La première visite qu'il fit, en la compagnie de ce bachelier, fut celle de M. Sinnich, docteur de Louvain et député des États de Brabant pour la défense du livre de M. d'Ypres. Il y avait déjà deux ans qu'il était à Rome, assez inutilement occupé à demander tous les jours au pape une audience publique contre les Jésuites, accusateurs de cet ouvrage. Mais quoiqu'il eût protesté, par des requêtes publiques et qui sont entre les mains des savants, qu'il s'offrait lui-même à brûler de sa propre main le livre de Jansénius, in campo Florœ, où se brûlent les hérétiques, si on lui pouvait faire voir, dans toute l'étendue dé ce grand volume, une seule proposition digne de censure; toutes ses instances si longues et si pressantes étaient demeurées sans effet, parce que les Jésuites avaient déjà pris le parti de n'entrer jamais en conférence, pour soutenir leur mauvaise cause, dans tous les lieux où ils se voient les plus forts par leurs cabales et par leurs intrigues.

M. Bourgeois ne négligea pas l'avantage qu'il avait de pouvoir suivre les avis d'un homme qui avait acquis par ce long séjour une très grande expérience de la cour de Rome et de l'Inquisition, et étant uni avec lui par l'amour de la vérité, il le consulta toujours depuis ce temps-là dans toutes les délibérations importantes que sa négociation lui fournit de temps en temps.

Ce docteur, qui ne lui parla jamais que latin dans tous les entretiens qu'ils eurent ensemble, après lui avoir témoigné beaucoup de joie de son arrivée, lui dit, qu'il ne pouvait être venu plus à propos que dans la conjoncture présente, et usa de ces propres termes : Venisti candenie ferro, ce qui lui fit croire d'abord qu'il voulait parler du livre de la Fréquente communion, et marquer par là qu'on en poursuivait vivement la censure. Mais il apprit de la suite de son discours qu'il parlait du petit livre de l'Autorité de saint Pierre et de saint Paul, et il reconnut bientôt

1. Hermant suit ici de très près la relation du docteur Bourgeois, imprimée pour la première fois par Quesuel en 1665, et réimprimée >0 avec des pièces justificatives (144 p. iu-12).

MÉMOIRES DE (ÎODEPROY IIKRMANT

après que cet avertissement d<; M. Sinnich était véritable. Car jamais le corps des Jésuites n'avait fait de poursuites plus violentes et plus ardentes que celles qu'il fit en ce temps-là pour parvenir à la censure de ee livre, afin de la faire retomber sur la proposition de M. Arnauld, qui en parlant dans sa préface avait dit de saint Pierre et de saint Paul, que ce sont les deux chefs de l'Église qui nen font qu'un. On aurait dit que ces Pères eussent pris le change, et que n'attaquant plus que ce mot de M. Arnauld, ils voulussent laisser en repos la doctrine de la pénitence, qu'ils avaient déchirée auparavant par tant de sanglantes invectives dans leurs sermons et dans leurs libelles. Mais quoiqu'ils changeassent de batterie, ils conservaient toujours le même dessein, et la politique voulait que la première attaque se donnât à l'endroit du livre de la Fréquente communion qu'ils estimaient le plus faible, afin que cette censure leur fût un préjugé favorable de celle de tout le livre. Et ils se tenaient d'autant plus assurés d'en venir à bout qu'ils ne doutaient nullement que la cour romaine n'entrât dans leurs sentiments par la considération de son intérêt, parce qu'on lui faisait croire qu'on voulait faire deux papes; et ils étaient même soutenus en cela par tout ce qu'il y avait de moines à Rome, qui s'étaient joints à eux de crainte de passer pour n'avoir pas autant de passion et de zèle qu'eux pour les intérêts du Saint- Siège.

La première visite que fit M. Bourgeois, ensuite de celle de M. Sinnich et par son avis, fut celle du cardinal François Barberin, l'un des juges de l'Inquisition. La rupture qui éclata quelque temps après entre les deux maisons Pamphile et Barberine n'avait pas encore paru, et le pape, autrefois créature de son oncle, lui donnait encore une grande part dans les affaires.

M. Bourgeois, qui avait cru le devoir voir le premier, à cause du crédit qui lui restait dans l'Inquisition, qu'il avait autrefois gouvernée souverainement, l'instruisit en peu de paroles du fond, et des causes de son voyage, et du livre de la Fréquente communion. Et comme ce cardinal avait lu ce livre et en était déjà instruit pleinement par lui-même, il n'eut pas de peine à lui faire comprendre ce qu'il désirait. Sa réponse, pleine de modestie et de sagesse, fut qu'il

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