CHAPITRE IV
De ce qui se passa dans la première visite que M. Bourgeois fit au commissaire de l'Inquisition.
M. Bourgeois, sans perdre un moment de temps, vit le commissaire et l'assesseur de l'Inquisition, selon l'avis qui lui en avait élé donné par M. le cardinal Barberin ; et parce qu'il était averti de la bonne disposition du commissaire, ce fut par lui qu'il commença, il les trouva tous deux magnifiquement logés en qualité de prélats dans le palais <lc l'Inquisition, dans de différents appartements. Ces doux officiers président aux petites assemblées, où ne se trouvent que les censeurs et qualificateurs de cette compagnie. Le commissaire, dont la qualité est toujours annexée à l'ordre i\r Saint-Dominique, est le premier de cesofficiers;
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l'assesseur est le second, et c'est toujours un séculier qui
occupe cette charge.
Dès la première visite, M. Bourgeois trouva dans d commissaire, nommé le 1* ' toute la bienveillance et
toute la civilité qu'on lui en avait fait espérer. Il eut souhaité que, comme il était le premier en dignité, il l'eût été aussi en crédit et en pouvoir. Mais il apprit de luimême que cela n'était pas. Car sur la prière qu'il lui fit de le recevoir pour partie contre les accusateurs et les délateurs du livre de la Fréquente communion, dont il était approbateur, il lui avoua avec beaucoup de sincérité qu'il le ferait si la chose était en son pouvoir, mais que l'assesseur ayant usurpé les droits de sa charge, il ne le pouvait nullement; qu'il fallait qu'il s'adressât à lui pour cela, et qu'encore qu'il ne le lui accordât point d'abord, peut-être qu'enfin il le gagnerait par ses importunités; qu'il ne l'assurait néanmoins de rien, parce qu'en cela il ne ferait que ce qui plairait aux Jésuites, dont il était comme le procureur général; et que son pouvoir était si grand sur cette société qu'on ne changerait pas un jésuite d'une chambre à une autre2 sans son avis.
La bonté et la sincérité de cet officier ayant donné à M. Bourgeois la liberté de lui ouvrir son cœur sur l'affaire de saint Pierre et de saint Paul, il lui demanda s'il était vrai que cette question eût été portée devant le tribunal de l'Inquisition; à quoi ce commissaire répondit que non seulement elle y avait été portée, mais qu'elle y avait même été jugée dans les dernières assemblées, et que les deux anonymes qui soutenaient l'association et l'égalité de ces deux apôtres y avaient été condamnés d'erreur et d'hérésie. Et sur ce que M. Bourgeois lui témoigna quelque étonnement d'une censure si prompte sur un point d'histoire, appuyé de tant de témoignages de l'antiquité, quoiqu'au fond, dans une matière de si peu de consé-
1. Ou peut remarquer ici une preuve du soin îniuutieux avec lequel Herinant écrivit ses Mémoires; il a laissé en blanc le nom du dominicain commissaire de l'Inquisition, parce qu'il espérait pouvoir trouver ailleurs ce nom que Bourgeois ne donne à aucun endroit de sa Relation. Quant à l'assesseur, il se nommait Albizzi.
2. La copie n'a pas admis le mot chambre, qui est dans la Relation, elle propose de lire place, ou charge.