LIVRE IV
veuf la dernière fois assez jeune, avait exercé plusieurs charges ecclésiastiques, et dans le temps même qu'il était parvenu à celle d'assesseur du Saint Office, il avait eu assez de crédit pour faire un de ses enfants d'un des capitaines des gardes du pape. La réputation de sa politique le rendit fort considérable sous le pontificat d'Innocent X; il le fut encore davantage sous celui d'Alexandre VII. Mais comme il était redevable de son élévation à la protection des Jésuites, nous verrons en plusieurs endroits de cette histoire des marques de sa gratitude et de sa reconnaissance envers cette compagnie, qui fait gloire de savoir bien user du crédit des personnes qui lui sont acquises.
Quand M. Bourgeois l'eut salué, il lui dit le sujet de son voyage, qui était de défendre à l'Inquisition un livre dont il était approbateur avec un grand nombre de docteurs et plusieurs évêques; que dans peu de jours il espérait recevoir de France la procuration de ces prélats, pour comparaître en leur nom devant le sacré tribunal de l'Inquisition, et y défendre la doctrine des Pères et de toute la tradition de l'Église catholique, qu'ils avaient appuyée de leur approbation et approuvaient encore tout de nouveau, sauf le meilleur avis du Saint-Siège; qu'en attendant cette procuration, il espérait de la justice de cette sainte compagnie, que s'ils étaient si pressés d'en porter leur jugement, la seule qualité qu'il avait d'approbateur de ce livre pourrait suffire pour empêcher qu'on ne prononçât rien sur ce sujet sans lui avoir communiqué les principaux chefs d'accusation, et sans l'avoir ouï dans ses réponses.
M. Albizzi lui répondit assez brusquement que le livre d'un certain Arnauld avait été proposé à l'Inquisition; que cet auteur était accusé de grandes innovations dans l'Église, qui causaient en France de grands bruits et de grands scandales; et qu'on travaillait incessamment à l'instruction de ce jugement ; mais qu'il ne devait pas se promettre de le retarder, ni par son intervention, ni par celle qu'il voulait faire espérer de la part des évêques approbateurs ; que ces façons de faire et défaire n'étaient nullement nécessaires, ni dans l'usage de la sacrée congréon, qui ne les avait jamais approuvées; qu'elle avait lois et ses coutumes, qui ne pouvaient être que très justes et très raisonnables; et qu'elle n'était nullement ru
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dispositiou de les changer en leur faveur. Que pour lui il ne devait pas espérer d'y être reçu pour contradicteur; qu'elle était en possession de n'en recevoir aucun ; qu'elle ne jugeait des personnes que par leurs livres, et dos livres que par eux-mêmes, et que toute autre chose étant supernue, ce serait inutilement qu'on en ferait la proposition.
La résolution que M. Bourgeois avait prise de se ménager beaucoup avec cet assesseur' lui fut très utile en cette occasion, et l'obligea de lui répondre, le plus humblement qu'il put, qu'il n'était pas assez imprudent, ni assez téméraire pour prétendre de changer ou de réformer les lois et les coutumes de la sacrée Inquisition; qu'il n'était pas venu pour cela, mais plutôt pour lui donner des marques de son respect. Mais que comme il était prévenu d'une grande opinion de sa justice et de sa sagesse, il espérait qu'elle ne lui refuserait pas ce qui ne se refuse jamais en nul tribunal, de ne le pas juger en sa présence sans l'entendre; qu'elle ne lui refuserait pas ce qu'elle accorde à ses parties, et que, puisqu'elle les recevait dans leurs accusations contre lui, il croyait avoir sujet d'espérer qu'elle le recevrait aussi dans ses raisons et dans ses défenses. M. l'assesseur de l'Inquisition répondit à cela qu'en cette affaire il ne s'agissait pas de lui, ni de la condamnation de sa personne; mais d'un livre qui était entre les mains des consulteurs et des censeurs de ce tribunal, et que, comme les accusations que l'on faisait contre ce livre ne se tiraient que du livre même, il ne serait pas malaisé d'en tirer les réponses, si elles y étaient.
M. Bourgeois répliqua qu'il tombait d'accord que ce qu'il disait était vrai en un sens, et qu'il ne s'agissait pas en effet de sa personne dans cet examen, non plus que de celle de M. Arnauld et de ses approbateurs ; mais qu'il ne pouvait aussi disconvenir qu'en un autre sens il s'agissait de leur personne, s'agissant de leur honneur, qui leur devait être plus cher que leur personne et leur propre vie, et que, quant à ce qu'il avait ajouté, que comme les accusations se tiraient du livre, la lumière de la sainte Inquisition saurait bien en tirer les réponses, si elles y étaient; quoiqu'il le crût et qu'il l'espérât ainsi, s'il était juste d'une part, de rendre aux juges cet honneur, et