‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 274 sur 524 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Nouvel entretien de M. Bourgeois avec M. Albizzi, qui lui fait signer au tribunal du Saint Office sa qualité d'approbateur du livre de la Fréquente communion et reçoit de lui la réponse aux premières objections des Jésuites.

Le terme marqué par M. Albizzi à M. Bourgeois étant arrivé, il se rendit le mercredi devant le tribunal du Saint Office, pour reconnaître et ratifier par sa signature sa qualité d'approbateur du livre de la Fréquente communion.

Ayant vu avant l'assemblée cet assesseur, il lui témoigna sa reconnaissance de la permission qu'il lui avait donnée de répondre aux objections de ses parties, et lui dit que le 11. I*. commissaire lui ayant donné les trois premières objections, il en avait déjà ébauché et assez avancé les réponses; qu'il trouvait une extrême facilité à y satisfaire, parce que toutes ces accusations n'étaient que de grossières impostures et de pures calomnies, mais que ce travail si r et si facile ne laissait pas d'être long et de consumer beaucoup de temps; le recueil des passages du livre, qui

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sont répandus en divers endroits, et qui font voir la mauvaise foi des accusateurs, ne se pouvant faire en peu d'heures.

Il s'aperçut aussitôt que la force avec laquelle il lui avait parlé de ses réponses, et le mépris ou le peu d'estime qu'il avait témoigné pour ses accusateurs, sans les nommer néanmoins, l'avait piqué sensiblement; et il remarqua, par le changement de son visage et par la rougeur et l'inflammation de ses joues, par l'ardeur de ses yeux étincelants, par la pâleur et le tremblement de ses lèvres, qu'il l'avait mis en colère. Mais il la lui témoigna bientôt en lui disant : qu'il y aurait toujours dans le monde des esprits inquiets qui ne seraient bons qu'à troubler le repos des autres; que ces nouveaux réformateurs gâtaient tout; qu'ils altéraient la paix de l'Eglise ; que sous prétexte de réformes et de dispositions saintes, ils détourneraient les fidèles de la fréquentation des sacrements; qu'ils ne parlaient que de pénitence et de nouvelles pénitences, comme si la pénitence n'était pas aussi ancienne que l'Eglise, et s'il n'y avait point assez de pénitences anciennes sans en inventer de nouvelles.

M. Bourgeois crut alors qu'il lui allait rapporter par le détail les plus affreuses pénitences des premiers siècles de l'Église, et accuser M. Arnauld de les avoir condamnées, ou lui marquer quelques pénitences nouvelles et inconnues à toute l'antiquité, en lui reprochant de les avoir établies dans son livre; mais il fut surpris de voir que M. Albizzi s'adressant à lui se réduisit à lui demander si ce n'était pas une assez grande pénitence de se prosterner devant un homme comme nous, de lui déclarer nos péchés, même les plus secrets, les plus horribles et les plus honteux, de lui en demander le pardon, d'en recevoir de lui le châtiment et la pénitence; de mourir ensuite à son péché et à ses mauvaises habitudes, et quelque tentation que nous livrât la chair, le monde et le démon, quelque peine que l'on eût à lui résister, ne pas laisser de se tenir ferme dans la promesse que l'on a faite de ne plus retourner à son crime. C'est là, lui disait-il, la vraie pénitence, et je n'en connais point d'autre ni de meilleure que de s'abstenir et de retirer de son crime, et n'y retomber plus à l'avenir, et les novateurs ne me persuaderont pas le contraire.

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