‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 314 sur 524 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

par la bouche de M. Orner Talon, avocat général, firent un récit fort abrégé de cette affaire à la compagnie, etc. [voyez le Journal de Saint-Amour, lre partie, ch. 1, pages 3, 4.]

Ce discours, qui était si important pour la conservation des libertés de l'Église gallicane, et pour empêcher les usurpations de la cour romaine qui ne perd jamais de temps dans les conjonctures favorables, fera voir dans les siècles à venir l'embarras où M. le chancelier s'était mis pour favoriser les Jésuites, par les engagements qu'il avait pris avec eux et avec leurs partisans; et quelque subtilité que son esprit lui pût fournir pour démêler les choses que M. le nonce et ces Pères n'avaient pas confondues sans dessein, il est visible qu'il n'agissait et ne parlait point en cette rencontre le langage que devait tenir un premier ministre de la justice d'un royaume très chrétien. Aussi les personnes qui avaient alors la plus grande part dans le gouvernement de l'État agirent de concert avec le parlement de Paris pour empêcher les mauvaises suites de cette censure ; et la cour, par son arrêt du 15 mai, ordonna que tous les exemplaires de ce décret, en date du 25 janvier précédent, seraient saisis, à la requête du procureur général, et apportés au greffe de la même cour; fît défenses à toutes personnes de les avoir ou les retenir, sous les peines des ordonnances ; enjoignit à tous imprimeurs ei libraires de garder et observer les règlements sur le fait des impressions, à peine d'amende arbitraire; et au substitut du procureur général de faire diligence d'exécuter cet arrêt, et d'en certifier la cour au mois, et qu'à cette fin serait envoyé aux bailliages et sénéchaussées à la diligence dudit procureur général.

Voilà quelle fut la conclusion de cette affaire, qui réussit mal aux Jésuites et à leurs partisans, et fit succéder beaucoup de chagrin à leur triomphe imaginaire. Quelques théologiens de Rome voulurent défendre la censure par des écrits, entre autres un clerc régulier, nommé Augustin de Bellis fit un livre De V absolue monarchie de saint Pierre, imprimé vers la fin de la même année ; mais ce ne fut que pour obscurcir par de vaines subtilités les livres qu'il réfutait, et on peut juger du caractère de l'esprit de cet auteur par le titre même de son épître au pape, où on lisait ces grands mots :

410 MÉMOIRES DE G0DEFR01 ÏIERMANT

Sanctissimo ac beatmimo Patri ac h. N. Innocentio X Pontifia maximo, Justitise timulacro, Hiberniae labantis, Allanti Thraciœ furentis aggeri, orbis caducifero filio columbie Barjona, naseentis hœresis eversoH. Cuï Numen

nomen, Petrus claves, orbis infulas, omnes imperium dedere ut illud extollerent, ornarent. Ego (juorjue Augustinus de Bcllis, humillima do pedum oscula : sempiternam opto beatitudinem.

Page 1