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de leur compagnie ». Ce petit ouvrage n'a pas été imprimé.
Le P. Adam », jésuite, était nouvellement venu de Bordeaux et prêchait alors à Paris, avec quelque réputation, et croyait s'en devoir servir pour établir la doctrine de son Molina sur la ruine de celle de saint Augustin. Il s'était déjà emporté à de grands excès dans un livre intitulé : Calvin défait par lui-même, et par les armes de saint Augustin, qu'il avait injustement usurpées sur les matières de la grâce, de la liberté et de la prédestination, et sous prétexte de combattre cet hérésiarque, il avait tâché de détruire l'autorité de cet incomparable docteur de la grâce, sans en épargner même saint Paul, qui en est l'apôtre. Après la publication de cet ouvrage, qu'il dédia à M. Marti neau, évêque de Bazas, le 20 février 1650, il abusa de la sainteté de la chaire pour traiter injurieusement saint Augustin, et s'emporta contre lui par des paroles d'un très grand mépris, le dixième jour de mars de la même année.
M. de La Lane, docteur en théologie et abbé de Val-Croissant, qui n'avait encore rien fait imprimer, fut poussé d'une juste indignation, contre une si grande insolence, et ce fut l'occasion du premier ouvrage qu'il aitjamaismisen lumière. Il le nomma : Défense de saint Augustin contre un sermon du P. Adam, jésuite, et le commença par un excellent passage de saint Prosper contre Cassien. Ce fut la première fois qu'il se fit voir sur les rangs, la plume à la main, pour combattre les ennemis de la grâce; mais il s'y est signalé jusqu'au dernier soupir, dans les plus importantes occasions de notre siècle; et on lui est redevable de plusieurs éclaircissements très importants, par le soin qu'il a eu de proportionner les sentiments de saint Augustin à l'usage et aux expressions de l'école de saint Thomas, dont il s'était instruit par une étude et une application de plusieurs années.
Il parut en cette même année, dès le premier jour d'avril, un ouvrage de piété qui excita d'abord l'admiration des doctes, et qui a nourri depuis ce temps-là la dévotion du peuple et des personnes les plus simples. C'est V Office de l'Eglise et de la Vierge en latin et en français par le sieur Du Mont*, qui est devenu si célèbre par toute la France,
l. Jean Adam, jésuite (1608-1684). i. Pseudonyme <le M. de Saci.
sous le nom d'Heures de Port-Itoyal, et qui s'est multiplié jusqu'à près de trente éditions, malgré les impostures et l< - invectives des Jésuites, qui ont employé pour les anéantir tout ce qu'ils avaient de puissance au dedans et au dehors du royaume.
M. l'abbé de Bourzeis donna aussi au mois d'avril de cette môme année un dialogue fort agréable et fort savant, sous le nom de Conférences de deux théologiens molinistes, pour répondre à un libelle que le P. dom Pierre de Saint-Joseph, feuillant, avait faussement intitulé: Les sentiments de saint Augustin et de toute l'/ïglise, Timothée et Évariste s'entretenaient des questions du temps dans ce dialogue, et M. l'abbé Le Roy ' y joignit aussi deux lettres, dont il adressait Tune au P. dom Pierre, et l'autre à des religieuses. Elles furent imprimées toutes deux.
11 y avait trente-deux ans que M. Brousse* prêchait avec édification dans la plupart des églises de Paris, et M. l'archevêque, après l'avoir souvent entendu dans celle de Saint-Jacques-la-Boucherie, de Saint-Sauveur, de Saint- Nicolas, de Saint-Eustache et dans plusieurs autres, l'avait traité de vrai prédicateur apostolique, souhaitant que tous ceux qui s'adonnent à ces fonctions sacrées traitassent les vérités chrétiennes avec la même méthode. Cependant ce prélat se laissa encore surprendre contre lui; un lundi de carême, au sortir de la chaire de Saint-Germain où il venait de traiter de la sanctification des fêtes, il lui fit dire par son promoteur qu'il n'avait point agréable qu'il continuât davantage dans ces fonctions publiques. Ce docteur souffrit ce traitement avec beaucoup de respect et de patience ; mais il eut assez de vigueur pour rendre raison de sa conduite à M. l'archevêque par une lettre imprimée, par laquelle il lui justifiait tousses sermons, et la lumière delà vérité dissipa enfin ce petit nuage, qui n'aurait point couvert M. Brousse, s'il eût eu moins de zèle pour la défense de la vérité qu'il n'en avait fait paraître dans la Faculté de Théologie, depuis les dernières contestations.
1. Guillaume Le Roy (1610-1684), abbé de Hautefontaine, auteur de nombreux ouvrages.
2. Jacques Brousse (1589-1C73), docteur eu théologie et chauoine de Saint-IIonoré à Paris, fut député à Rome en IGol avec La Laae et Saiut-Amour pour la défeuse de Jausénius.
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Cependant, M. Pereyret, grand maître et professeur royal du collège de Navarre, ne se contentait pas de vouloir détruire la doctrine de saint Augustin parmi ses confrères, il tâchait encore d'en rendre l'autorité méprisable aux disciples à qui il enseignait publiquement la matière de la grâce. Et quoiqu'il parût avoir recueilli avec quelque soin les éloges que Ton a donnés à ce saint dans l'antiquité, il en faisait néanmoins concevoir une idée si désavantageuse, dans une longue préface qu'il avait dictée à la tête de ce traité, que, selon lui, il eût fallu considérer le plus grand docteur de l'Eglise après les apôtres comme un auteur inconstant et problématique, qui n'était pas d'accord avec lui-même.
Un savant théologien de notre siècle ayant reconnu combien cette méthode malicieuse était capable d'empoisonner les esprits fut d'autant plus porté à la combattre qu'il savait que les écrits de ce professeur se répandaient de toutes parts. Il en entreprit donc la réfutation par un assez juste volume qu'il intitula : Quae sit S. Auguslini et doctrinae ejus autoritas in Ecciesia, opus propulsandis hodiernis erroribus controversiisque elucidandis et componendis accommodatum. In quo excutitur apparatus ad Tractatumde gratia publiée traditus in collegio JSavarrico à M. Jacobo Pereyret, tkeologo et professore parisiens!. Il y faisait voir les contradictions étranges de ce docteur, qui n'élevait d'abord saint Augustin que pour le faire tomber de plus haut, et ne condamnait d'abord Molina que pour montrer qu'il avait été approuvé par d'autres papes. CâY au lieu que tous les catholiques étaient prévenus de respect pour les sentiments de ce saint docteur de la grâce, comme de ceux de toute l'Eglise, M. Pereyret tâchait de montrer que l'on s'en pouvait départir sans blesser la saine doctrine, et au lieu que la nouveauté de celle de Molina était capable de la rendre odieuse par elle-même, il prétendait la rendre plausible par le grand nombre de ses sectateurs. Mais ce théologien ne se contentait pas d'en faire une réfutation générale pour découvrir à tout le monde un artifice si pernicieux, il venait encore au détail de la plupart de ses lignes et de ses mots, pour y faire remarquer autant d'ignorance que de mauvaise foi.
Dans le même mois d'avril que cet écrit sortait de la
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presse, le Catéchisme «le la Grâce, composé par M. Feydeau,
et qui avait été traduit en llamand, s'imprima à Gand et s'y publia avec une préface et approbation. Et le mois suivant, les Récollets de Flandre, qui tenaient alors leur chapitre provincial à Lille, y soutenaient la doctrine de saint Augustin sur la matière de la grâce dans des thèses dédiées à un seigneur de ce pays-là, de la maison de Montmorency. Le P. Casteau, lecteur en théologie, présida à cet acte, et le P. David Durieu, prêtre du même ordre fut le soutenant.