‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 365 sur 524 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Livre de M. de La Laae : De initio piaevoluntatis. Sermon de M. Hersent. Réponse à un sermon du P. Bernage.

Depuis six ans que M. Le Moine avait succédé à M. Lescot, évêque de Chartres, pour enseigner la théologie en Sorbonne en qualité de professeur royal; il avait déjà dicté trois fois ;i ses écoliers le Traité de la grâce, par une affectation visible, afin de répandre ses nouvelles opinions par tout le royaume : Quoiqu'il eût entrepris de ruiner la doctrine de saint Augustin, il ne voulait pas néanmoins ruiner l'autorité de ce saint docteur; et M. Chaillou3, depuis doyen

I Louis Isaae Le Maître, dit de Sacy (1613-1684), traducteur de la Uib!i>.

2. Suit une citation de quelques lignes en espagnol, d'une lecture difficile.

3. Jean Chaillou de Tnoisy, docteur de Sorlmnne en ltiii et doyen de Beauvais en 1651, mourut à Paris en 169;>.

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de Beauvais, et qui était tout à Molina et aux Jésuites, ayanj dit un jour dans un de ses actes de licence, transeat Augustinus, M. Le Moine, qui avait été témoin de cette témérité, l'attendit au sortir de la salle pour lui en faire une sévère réprimande. Il était même persuadé de la nécessité de la grâce efficace pour toutes les bonnes œuvres, et n'était nullement en cela de l'opinion de Molina, qui accorde des grâces suffisantes à tout le monde pour faire le bien, et soumet la grâce au pouvoir de la volonté, pour la rendre efficace, de suffisante qu'elle était auparavant. Mais il croyait avoir trouvé le moyen de faire cesser toutes les contestations de l'Église, en reconnaissant, d'une part la nécessité de la grâce efficace pour le bien ; mais accordant de l'autre à tout le monde une grâce suffisante de prière, et un don général de demander la grâce de Dieu. C'est ainsi qu'il voulait résoudre les difficultés, en les partageant par la moitié, sans considérer ce que dit saint Prosper, que cest rejeter la doctrine de la grâce dans toute son étendue, que de ne la pas recevoir dans toute son étendue. Cependant il avait la hardiesse d'attribuer ce sentiment à saint Augustin; mais il réussissait si mal, et faisait paraître si peu de lumière et de connaissance des maximes de ce saint docteur de la grâce qu'il prenait dans ses écrits le sens des semipélagiens pour les dogmes catholiques, l'objection pour la solution, l'examen de la question pour la doctrine et la réponse de saint Augustin, un écrit de l'hérésiarque Pelage pour un véritable ouvrage de ce Père.

Son opinion se répandait déjà dans TÉcole, et soit que naturellement les hommes se portent à embrasser un troisième parti lorsqu'ils voient les autres divisés par deux différentes opinions, soit qu'il y ait peu de théologiens qui se donnent le temps et le loisir de lire et d'examiner sérieusement tous les ouvrages de saint Augustin pour découvrir son sentiment sur un aussi profond mystère qu'est celui de la grâce de J.-C, M. Le Moine avait prévenu par ses leçons un très grand nombre d'esprits,et ses disciples, étantdevenus bacheliers en théologie, soutenaient avec chaleur, sur les bancs de la Faculté, ce qu'ils avaient appris dans son école.

M. de La Lane, abbé de Val- Croissant, touché de toutes ces considérations, entreprit de remédier à ce désordre, et de réfuter par un livre des écrits qui n'étaient capables que

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