‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 377 sur 524 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Quelques ouvrages publiés pour la défense de la doctrine de la grâce, pendant les mois de novembre et de décembre.

Le P. Deschamps, jésuite, ayant voulu faire une espèce de diversion dans ses écrits, et accuser de calvinisme les défenseurs de saint Augustin, au lieu de se justifier du parallèle que l'on avait fait de ses auteurs avec les semipélagiens et les prêtres de Marseille, on lui répondit en Flandre par un petit écrit, qui avait pour titre : Stratagema Antonii Richardi quo bellum sui suorumque defensivum ab erroribus Massiliensium transtulit in S. Augustini et episcopi Yprensis bellum offensivum.

Le Catéchisme de la grâce, composé par M. Feydeau, docteur de Sorbonne, avait tellement irrité les Jésuites qu'ils mirent toutes choses en usage pour le flétrir et le perdre de réputation. Ils crurent d'abord qu'il lui en fallait opposer un autre et il parut imprimé à Douai, en 1650, avec ce titre : Catéchisme ou abrégé de doctrine, touchant la grâce divine, suivant la bulle de Pie V, Grégoire XIII et Urbain Vlll. Antidote contre les erreurs du temps, par un docteur de la ée Faculté de théologie de Douai. Mais ayant sollicité au tribunal de l'Inquisition de Rome une censure, celui de

1. Jacques Nouipar de Caumont, duc de La Force (1539-1652) était protestant. Il fut fait maréchal de Frauce en 1622.

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Douai 3 reçut aussi la même atteinte, et tous deux lurent défendus comme traitant de matières qui étaient au-dessus de la capacité du peuple, et dont la lecture leur pouvait causer du péril et du scandale. Le décret de l'Inquisition est daté du sixième jour d'octobre de cette année 1650. L'abbé de Sainte-Anastasie, internonce aux Pays-Bas, l'adressa aussitôt à M. l'archevêque de Malines pour le publier dans son diocèse ; et ce prélat ayant donné celui de Douai à examiner aux docteurs de Louvain, ils en firent la censure, qui parut depuis sous ce titre : Assertationes excerptœ ex Catechismo ejusdem doctoris Buacensis et a sacra Facultale Theologica Academiae Lovaniensis censuratae ad requisitionem illustrissimi B. Arch. Mechliniensis. Ce prélat l'adressa au pape l'année suivante.

Mais l'ouvrage le plus considérable de cette année fut un livre de M. Arnauld, publié avec l'approbation de six docteurs, savoir : MM. Ghastelain, Coppin, Brousse, Holden1, Blondel3, Callaghan3, et intitulé : Apologie pour les saints Pères de V Eglise, défenseurs de la grâce de J.-C, contre les erreurs qui leur sont opposées: Dans la traduction du Traité de la vocation des Gentils, attribué à saint Prosper, et dans les réflexions du traducteur. Bans le livre de M. Morel, docteur de Sorbonne, intitulé : Les véritables sentiments de saint Augustin et de V Eglise. Et dans les écrits de M. Le Moine, docteur de S or bonne et professeur en théologie, dictés en 1647 et 1650. Il fut impossible d'en obtenir le privilège de M. Mole, pour lors garde des sceaux de France, quelque inclination qu'il parût avoir pour le donner, ne s'en excusant que sur les ordres de la cour. Car MM. Morel et Grandin s'étaient dès lors érigés en souverains censeurs des livres par une entreprise qui opprimait entièrement la liberté de la Faculté de théologie, et qui donna occasion à des Considérations très importantes, qui furent imprimées sur ce sujet, car comme ces deux docteurs à gages, ainsi qu'on leur reprocha dans cette grande et célèbre apologie, s'étaient dé-

1. Henri Holden (1596-1662), reçu docteur en théologie à Paris quoique de nationalité anglaise; auteur de quelques ouvrages.

2. Jean Blondel (1602-1675), curé de Saint-Hippolyte, fut signataire de l'appel au Parlement contre les propositions de Cornet.

3. Jean Callagban, né en Irlaude, fut reçu docteur à Paris vers 1643. 11 devint curé de Cour-Clieverny eu 1650 et mourut en 1664.

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clarés publiquement pour ennemis passionnés de la vraie doctrine de la grâce; aussi ils ne travaillaient qu'à empêcher qu'il ne parût rien en public qui détruisît les erreurs dont ils avaient entrepris la protection, et établît les vérités qu'ils haïssaient. Mais de plus, cet ouvrage étant fait contre le livre de l'un de ces censeurs prétendus, qui était M. Morel, et contre le livre de M. Le Moine approuvé par l'autre, qui était M. Grandin, il eût fallu avoir bonne opinion de leur humilité pour vouloir qu'ils contribuassent à la publication d'un livre qui les réfutait et les combattait. Et de là on prenait occasion de représenter au public combien l'entreprise de ces deux docteurs était d'une conséquence périlleuse, puisque c'était mettre toute la doctrine de France entre tes mains de deux personnes particulières, qui ayant une fois embrassé, soit par défaut de lumière, soit par quelque autre considération humaine, une erreur contraire à la doctrine des Pères, pourraient facilement y donner cours, en supprimant tous les livres qu'on pourrait faire contre eux pour soutenir la vérité et la créance de l'Église1.

Toutes les personnes habiles et désintéressées reçurent cette grande Apologie de M. Arnauld avec une estime et un applaudissement extraordinaires, et on crut alors que toute cette dispute delà grâce était épuisée, et qu'il ne restait plus rien à éclaircir pour le fond de la doctrine. Mais on avait affaire à des personnes qu'il était plus aisé de confondre par des preuves invincibles, que de les réduire au silence, et qui étant rebelles à la lumière, croyaient que toute leur force consistait à obscurcir les plus claires et les plus incontestables vérités.

Sur la fin de la même année on publia aussi un livre intitulé : Contre l'adversaire du Concile de Trente et de saint Augustin. Dialogue premier : Où l'on découvre la confusion et les contradictions étranges des dogmes théologiques du P. Petau; et où Von réfute un libelle du même Père, intitulé insolemment : Dispute contre l'Hétérodoxe, c'est-à-dire contre V hérétique, où est aussi réfuté par occasion un petit libelle de M. Morel, dont le titre est : Défense de la confession de la foi catholique alléguée, etc., par Amable de Volvic. Ce surnom

1. Suit uue citation <lc la Préface de l'Apologie d'Aruauld, ouvrage • considérable, imprimé au tome XVlll de la graude édition de Paris- LauBanue (1778).

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était le nom du lieu de naissance de M. l'abbé de Bourzeis, auteur de cet ouvrage, qui fut approuvé le troisième jour de décembre par MM. ChastelainetCoppin, et on avait ajout»; ces paroles à la fin de leur approbation. « Ce livre n'a point de privilège, parce qu'il est fait pour répondra à M. Iforel et à M. Grandin, de qui dépendent en quelque façon les privilèges, et qui n'en font point donner à ceux qui écrivent contre eux. »

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