CHAPITRE II
Lettre écrite par le sieur de Saint-Aubin pour la justification dea hymnes en véra LraDçais dans les Nouvelles heures de Port-Royal.
L'approbation publique que rencontrait l'Office de la Vierge traduit en français par le sieur Du Mont était insup-
1. Il est f;iit mention <l<; cette lettre dans Gerberon, Histoire du Jansé- 7usmt', tome 1, i». 458.
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portable aux Jésuites; ils ue pouvaient souffrir que cet excellent livre de piété lût dans Les mains de tout le inonde, et à quelque prix que ce lût il fallut que leur passion y trouvât des hérésies pour le décrier au dedans et au dehors du royaume.
Le P. Labbe, dont les yeux malades étaient blessés par l'éclat de cette nouvelle lumière, accusa l'auteur de la traduction des hymnes d'avoir supprimé avec un dessein malicieux le sens de cette épithète, rédempteur de tous, qui est dite de J.-C. en trois de ces hymnes. Et quoique des personnes de grande condition, et les amis de Port-Royal en eussent éclairci et détrompé quelques personnes, qui d'abord en avaient été un peu émues et troublées, néanmoins un de ses amis mêmes, qui était un homme de grande qualité, avertit ce même auteur que, comme les Jésuites continuaient toujours de répandre cette maligne et injurieuse accusation parmi le peuple, il ne croyait pas qu'il dût attendre à la réfuter dans la réponse aux Remarques du P. Labbe, mais plutôt arrêter ce scandale par une courte réponse à la lettre que cet ami lui écrivait sur ce sujet.
L'auteur de la traduction des hymnes déféra à cet avis, pour faire voir que les disciples de saint Augustin étaient toujours sincères et ennemis de toute altération de la moindre vérité chrétienne et catholique; [et] que les disciples de Molina étaient toujours injustes dans leurs reproches, malicieux dans leurs médisances, et outrage ux dans leurs accusations; en un mot que les Jésuites étaient toujours Jésuites.
Il témoigne donc1 qu'il ne peut assez s'étonner que des hommes qui ont lu et relu ce livre pour y trouver à redire aient eu l'assurance de publier que c'a été par un dessein de malice et de fourberie qu'on n'a pas traduit en trois hymnes cette épithète de rédempteur de tous; qu'on a fui ce terme de tous, comme un écueil, et qu'on a pris plaisir à en étouffer le sens par une infidélité et une suppression affectées. Qu'il faut être possédé ou d'un aveuglement bien étrange, ou d'une malice bien opiniâtre, pour n'avoir pas reconnu,
1 Ici commence une sorte d'analyse de la Lettre à une personne de condition,par laquelle on justifie la traduction des hymnes en vers français dans les Nouvelles Heures, etc. 17 p. in 4«, 1651 . - L'auteur de cette lettre signée de Saint -Aubiu est Le Maître de Sacy.
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ou pour vouloir dissimuler que c'a été sans aucun dessein et par la seule rencontre de l'arrangement des vers qu'on a omis cette expression en trois endroits, puisqu'on l'a marquée en cinq, ou en mêmes termes, ou en termes aussi forts, et en plusjforts même, dans le même point de la rédemption et de la mort de J. C, en l'étendant à l'univers, à tout l'univers, à tous les hommes, non seulement en la traduisant du latin dans le français, mais en la mettant même dans le français, lorsqu'elle n'était pas dans le latin, et ce qui confond encore davantage la calomnie, en affectant de rapporter un passage de saint Paul où elle est marquée plus clairement qu'en ces vers latins, sans que l'on eût aucune nécessité de le faire, et qu'on n'aurait point rapporté infailliblement, si l'on avait eu la moindre aversion de ce titre de rédempteur de tous, qui est attribué à J.-G. par épithète en trois endroits de ces hymnes.
11 fait voir que dans une de ces hymnes mêmes que les Jésuites objectaient, savoir celle de Noël, on avait appelé J.-C. l'espoir de tout l'univers, que dans celle du Saint Sacrement on avait marqué que la mort de J.-C. était le prix de fa rédemption de l'univers, que dans l'hymne pour le temps de Pâques à Vêpres, le terme de rédempteur du monde, qui est aussi général que rédempteur de tous, était mis dans le français quoiqu'il ne fût pas dans le latin, et qu'on l'avait encore prouvé plus fortement dans ces deux vers du Te De uni :
Tu n'as pas dédaigné, pour sauver tout le monde, D'entrer dans l'humble sein d'une vierge féconde.
Il montre aussi que dans le recueil qu'on avait fait des Règles chrétiennes tirées de l'Écriture Sainte, Règle VII, entre plusieurs passages de saint Paul que l'on avait choisis, on en avait rapporté un où cette expression de la rédemption de tout le monde et de la mort de J.-C, pour tous est plus formelle qu'en aucun lieu de toutes les Écritures, de sorte que c'est le passage que les Semipélagiens et les Molinistes objectent le plus, qu'ils produisent comme le fondement de leur opinion, et sur lequel ils appuient les autres pour en étendre le sens et l'intelligence. Il fait observer que, puisque ce choix était tout libre et tout volontaire, on ne pouvait point avoir eu dessein de supprimer une expression d'un poète ecclésiastique Laquelle on a tirée
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du grand apùtre pour la proposer ù Loua m • dans
ces termes : « L'amour de J.-C. nous presse, considérant
(jue si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts. Et J.-C. est mort pour tous, a(in que ceux qui vivent, ne vivent plus pour eux-mêmes; mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. » [II Cor., v, 14.
11 ajoute qu'il y a sujet d'admirer cette belle remarque d'un vieux jésuite, qui, enchérissant sur le P. Labbe, accuse le traducteur des hymnes de ne s'être pas contenté d'avoir déguisé les paroles de l'hymne de l'A vent en mettant div in sauveur, au lieu de sauveur de tous ; mais d'avoir mieux aimé laisser entièrement l'hymne qu'on dit aux laudes de l'office des confesseurs pontifes, Jesu redemptor omnium, Jésus rédempteur de tous, par une omission et une subtilité affectée. Et il répond à ce jésuite qu'il doit avoir reconnu que depuis ce titre des Heures, Hymnes pour le Commun des Saints, jusqu'à la fin, on n'avait traduit qu'une hymne pour les apôtres dans le temps ordinaire de L'année, quoiqu'il y en eût deux, et qu'on en avait usé de même pour un martyr, pour plusieurs martyrs, pour les confesseurs pontifes, pour les vierges, pour la dédicace de l'Eglise, quoiqu'il y en eût deux partout.
De plus il représente à cette personne de qualité qu'il n'en est pas des vers comme de la prose, et qu'on est tellement lié par les mesures et par les rimes, qui sont les chaînes de notre poésie, et on est resserré dans des bornes si étroites, lorsqu'il faut traduire quatre vers latins, en quatre [vers] français, que rélocution française étant plus étendue, et enfermant moins de sens que la latine qui est courte et féconde en sens, le traducteur qui s'était obligé partout à traduire vers pour vers avait été contraint d'omettre quelques expressions et épithètes dans les vers latins.
Il satisfait ensuite à une objection que cette personne de qualité, et quelques autres personnes de leurs amis lui avaient faite, qu'ayant affaire à des personnes qui ne cherchaient que les moindres occasions, et qui étaient si charitables pour leur prochain qu'ils négligeaient volontiers d'ôter une poutre de leur œil, pour chercher une paille dans l'œil de leur frère, il fallait faire l'impossible pour exprimer aussi bien en ces trois endroits les terme de rédempteur de