‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 392 sur 524 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

M. Hallier, blâmé dans l'assemblée de la Faculté, au mois de février pour l'approbation d'une thèse. Les Jésuites de Màcon font une représentation profane en forme de procession, pour se jouer de la grâce de J.-C.

[Pour ce qui regarde M. Hallier dans ce chapitre voyez le Journal de Saint-Amour, 2U partie, chap. vu, p. 60]

M. l'archevêque de Paris renouvela encore en ce tempsla les défenses qu'il avait déjà faites de traiter dans les prédications et les catéchismes des questions qui partageaient les esprits sur les contestations présentes, et d'user d'injures et d'invectives de part et d'autre Mais les Jésuites ne relâchèrent rien de leur zèle amer et impétueux contre les disciples de saint Augustin, et ce s'était nullement d'eux qu'il fallait attendre ce respect et cette soumission aux ordonnances des prélats.

Ils ne se contentèrent point à Màcon de simples paroles et de déclamations séditieuses; ils crurent devoir se jouer

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publiquement des choses saintes, vers la fin du mois de février, et firent éclater leur passion par une procession profane qui avait moins pour but le divertissement du peuple que la vaine salisfaction de se dresser à eux-mêmes un triomphe imaginaire.

Le lundi gras, sur le midi, on vit sortir de chez eux une procession, dont ils avaient réglé la pompe en cette manière : la croix marchait en tête suivie d'environ trente petits choristes, tant de l'église cathédrale que des collégiales, tous écoliers des Jésuites, qui étaient suivis du sieur Bazan, curé de Saint-Etienne, seul prêtre de toute cette troupe. Une cinquantaine d'écoliers marchaient ensuite, travestis en turcs, japonais, canadais, allemands, anglais, suisses, etc . Après eux paraissaient quatre estafîers portant un dais à quatre bâtons, sous lequel marchait un petit roi, le sceptre en main, la couronne sur la tête, et par là ils voulaient, à ce qu'ils dirent depuis, représenter la grâce efficace. Derrière eux on voyait cent ou six-vingts autres écoliers, vêtus comme quelques autres nations plus civilisées et plus polies que les précédentes, qui marchaient devant quatre autres écoliers vêtus en anges, chacun desquels soutenait le bâton d'un dais qui couvrait un petit écolier vêtu en ange, seul avec une croix en la main, et c'était la grâce suffisante. Il était précédé d'un autre écolier de l'âge de vingt-cinq à trente ans, habillé en femme, qui avait une grande croix entre ses bras ; mais les spectateurs, n'en purent déchiffrer le mystère, sinon que Ton avait voulu marquer par là une âme pénitente. Ce second dais était suivi de saint Augustin représenté par un homme de vingt-huit ou trente ans, vêtu en évêque avec soutane, rochet, camail et croix pastorale, la tête nue, mais couverte d'un grand crêpe à travers duquel on voyait tout l'habit épiscopal, et ce crêpe était surmonté par une grosse couronne d'épines de bois vert. Ce. saint Augustin travesti était environné de quelques autres écoliers vêtus en maures, en sauvages et en diables, qui portaient des dagues et des épées nues, avec différents écriteaux. Mais ceux qui en dressèrent la relation ne purent lire que le dernier, où était représenté un monstre à trois têtes, abattu sous une grande massue, avec cette inscription : Gratiœ sufflcientis triumphus, et un laurier autour. Les écriteaux furent effacés par une grosse Jpluie qui troubla un

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