LIVRE vu
Mandement de Monseigneur V Illustrissime et Révérendissime
Archevêque de Sens
Pour les prières des Quarante Heures.
Louis Henri de Gondrin, par la miséricorde de Dieu archevêque de Sens, primat des Gaules et de Germanie, à tous les fidèles de l'un et l'autre sexe de notre diocèse, salut et paix en Jésus-Christ qui est la paix et le salut des hommes. La foi chrétienne nous obligeant de croire que Dieu ne nous châtie jamais que pour nos fautes, et qu'il n'arrive rien dans le monde que par sa providence, nous ne pouvons douter que la guerre dont nous sommes travaillés depuis tant d'années ne soit un fléau dont sa justice punit nos péchés, lequel est en cela d'autant plus terrible qu'il semble qu'il soit accompagné de l'endurcissement du cœur, car au lieu de convertir les pécheurs, le débordement de toutes sortes de vices paraît plus grand que jamais, puisque la main de Dieu irrité est appesantie de nouveau sur nous par la famine presque universelle dans ce royaume et par la division de la maison royale : ce que considérant avec les sentiments de douleur que nous donne la charité pastorale, qui nous oblige de ressentir les afflictions de nos ouailles comme les nôtres propres, selon le précepte de l'apôtre, nous avons cru qu'il était du devoir de notre charge de vous exhorter sérieusement à l'amendement de votre vie, et de vous donner pour cela les secours qui dépendent de l'Église, afin de voir si la justice de Dieu se laissera fléchir par nos larmes, et si sa bonté nous convertira, pour nous délivrer ensuite des misères que nos péchés ont attirées sur nous. C'est pourquoi nous vous conjurons par les entrailles de la miséricorde de Dieu qui vous appelle à la conversion par notre ministère, de ne point mépriser sa vocation, mais d'entrer d;ins les exercices d'une sincère pénitence dans ce saint lomp- du carême que l'Église appelle le jour du salut, et le temps auquel notre prière est agréable à Dieu. Et afin que la présence du mystère adorable de l'Eucharistie réveilla en vos cœurs la mémoire du sacrifice sanglant de la
croix par lequel 1<1 monde ;> été réconcilié au l'ère Éternel,
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et par lequel seulement nous pouvons espérer d';ipaisersa colère, nous ordonnons à tous les chapitres, curés paroisses, communautés et monastères de notre diocèse, d'exposer le Très-Saint Sacrement de l'autel, pour être adoré des fidèles en la forme que l'on a accoutumé de faire; dans la dévotion que l'on appelle l'Oraison des Quarante Heures; leur enjoignant défaire entendre aux peuples le contenu de notre présente ordonnance, et de les exhorter de fréquenter les sacrements de Pénitence et de l'Eucharistie, afin d'être plus dignes d'offrir au Père Éternel Jésus- Christ son fils, lequel sera devant eux dans le Très-Saint Sacrement comme une hostie vivante par laquelle seule ils doivent espérer la rémission de leurs péchés, qui sont la seule cause des fléaux de Dieu qui les accablent. Ils leur enjoindront en outre de prier Dieu pour la conversion des pécheurs, pour la paix entre les princes chrétiens, pour les personnes sacrées du roi et de la reine sa mère, et pour la réunion de la maison royale, de laquelle dépend tout le bonheur de ce royaume. Et afin que notre église métropolitaine, mère de toutes les églises de notre province ecclésiastique, donne l'exemple aux autres, nous ordonnons, de l'avis et consentement de notre chapitre, que le Très-Saint Sacrement y sera exposé le dimanche dix-huitième et jours suivants, et ensuite dans toutes les paroisses, et après dans les oratoires des monastères de la ville, selon l'ordre qui sera établi par nos vicaires généraux ; exceptant néanmoins de ce nombre l'oratoire des Frères de la Société du Nom de Jésus, lesquels par leur obstination dans la désobéissance continuant à faire une division dans notre église, nous ne pouvons croire que les fidèles y puissent prier utilement pour la réunion des princes chrétiens et de la maison royale, puisque lesdits Frères travaillent continuellement par leur exemple et par leur pernicieuse doctrine, de faire passer le schisme pour une haute vertu, lequel, selon le sentiment de toute l'Église, est le plus grand mal qui lui puisse arriver ; ce qui fait qu'il serait dangereux que les simples allant chez eux ne fussent trompés par l'apparence de leur piété, et ne se rendissent coupables, en suivant leurs conseils, de leurs mêmes crimes, ce qui attirerait sans doute de nouveau les fléaux de Dieu que nous voulons détourner par la pénitence et par les