‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 46 sur 524 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

d'humilité, qu'elle comptait pour rien tout ce qu'elle avait fait jusqu'alors, se croyant au contraire fort redevable à la justice divine pour ses infidélités et le peu de correspondance qu'elle avait eu 1 aux grâces que Dieu lui avait faites. Elle a même témoigné à ses filles, en plusieurs rencontres, que c'était ce qui la touchait le plus, et qu'elle croyait quil n'y aurait point de jugement plus rigoureux que celui de l'amour.

Tout le temps de son renouvellement se passa dans une très grande retraite, gardant un silence si exact qu'elle n'allait point du tout au parloir, et ne voyait pas même MM. ses frères, quoiqu'elle les aimât tendrement, et qu'elle eût su que l'un d'eux avait été fort touché de son refus.

Dans cette satisfaction générale de toutes les filles du Saint-Sacrement, il n'y eut que la seule Sœur Anne de Jésus, qui en fit la matière de sa peine. Elle avait d'abord admiré l'abbé de Saint-Cyran à cause de son rare mérite, étant persuadée que sa charité était égale à sa lumière ; elle s'adressa donc à lui pour faire un renouvellement entre ses mains comme les autres, et goûtant fort sa prudence et l'uniformité de son esprit, elle le pria de prendre soin de son âme. Elle commença par se plaindre de l'état où elle se trouvait dans la maison par l'ordre de M. de Langres qui avait voulu que, n'étant encore que séculière et toute nouvelle dans la religion, elle ne laissât pas que de se charger de la conduite des pensionnaires et des novices, et qu'elle prît part à toutes les affaires de la maison. Elle témoigna un regret extrême de se voir engagée dans un emploi si disproportionné à l'état d'une postulante et à l'humiliation d'une personne qui n'était pas même encore admise aux épreuves du noviciat.

M. de Saint-Cyran, qui jusqu'alors avait été retenu par sa prudence de lui représenter combien l'autorité qu'on lui donnait par cette charge était préjudiciable à son salut, lui dit que sa plainte était tout à fait juste, et qu'elle ferait très bien de demander à la Mère Angélique qu'elle la déchargeât de tout emploi et la traitât en véritable novice. Mais elle n'eut pas plus tôt suivi cet avis, que la Mère reconnut qu'elle avait peine qu'on la prît au mot. Elle enéçri-

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