‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 496 sur 524 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

étant ce qu'il voulait être, et ce qu'il n'a jamais été ; et comme il était animé de cet esprit fort éloigné de l'humilité que doit avoir un enfant de saint François, il ne fit nul état de cette ordonnance de son évêque, qui lui avait été signifiée en personne. Non seulement il ne reçut pas de bonne part les plaintes qu'on lui fit de quelques sermons qu'il avait prêches dans la cathédrale, mais étant soutenu dans sa révolte par M. Chaillou et par quelques chanoines de la cathédrale, il voulut se signaler par une nouvelle entreprise.

On ne prêchait point Tavent dans son couvent. Mais par une affectation visible il entreprit d'y expliquer pendant l'avent de cette année toute la matière de la prédestination et de la grâce selon les principes de Molina, ayant choisi à ce dessein une heure extraordinaire, afin d'attirer une plus grande foule d'auditeurs, tant par la curiosité de la matière, que par la commodité de l'heure de l'après-dîner qui est ordinairement plus favorable aux paresseux. Et comme les remontrances et les répréhensions qui lui en furent faites en particulier ne firent aucun effet sur son esprit, le promoteur se vit obligé d'en former sa plainte par écrit le 9me jour de décembre, qui fut suivie d'une information exacte, et après ses conclusions données ensuite d'une preuve exacte de cette contravention scandaleuse, M. de Beauvais, par son ordonnance du 14 décembre, interdit à ce cordelier de prêcher dans les églises et paroisses de son diocèse, même dans celle des Cordeliers, jusqu'à ce qu'il en eût été autrement par lui ordonné.

Cette interdiction ayant été signifiée le 16 de décembre à ce prédicateur, il fit signifier de sa part à M. l'évêque de Beauvais qu'il en appelait comme d'abus. Mais étant rentré en lui-même, et craignant les suites fâcheuses de cette affaire insoutenable, il renonça à son appel, et demanda à son évêque qu'il le relevât de son interdiction, et il signa cette requête au dessous de sa signification d'appel. M. de Beauvais eut la bonté de lui accorder l'effet de cette demande dès le lendemain, 20 du même mois. Mais en le relevant de cette interdiction, il lui réitéra les défenses de prêcher de ces matières contentieuses, sous peine d'interdiction perpétuelle et autres censures ecclésiastiques et peines de droit.

Ce furent là comme les premières étincelles du feu que

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la passion du chapitre alluma dans le diocèse de Beauvais. Comme plusieurs particuliers d'entre eux avaient porté ce cordelier à son entreprise, la confusion qu'ils eurent de la voir ruinée si promptement par une action de vigueur leur fit prendre l'occasion de décrier leur évoque et de donner un mauvais sens à sa conduite. L'ennemi de notre salut, qui prévoyait le fruit que la paix et l'union des esprits ferait dans un diocèse où il y avait de très grandes dispositions pour le bien, voulut y jeter ces semences de division, qui produisirent dans la suite des maux très considérables.

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