‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 74 sur 524 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Ce qui se passa dans la censure du livre du P. Séguenot.

Le mardi premier jour de juin, destiné à l'assemblée ordinaire de la Faculté de Théologie, étant arrivé, les docteurs y accoururent en foule de toutes parts, jusqu'au nombre de plus de cent, parmi lesquels il y avait plus de quarante religieux qui apportaient leurs suffrages avec une étrange prévention et avaient quitté leurs garnisons pour se trouver à cette journée.

M. de Raconis ', nommé depuis quelque temps à l'évêché de Lavaur, s'était chargé de la conduite de cette affaire, et il venait de la part du cardinal de Richelieu. C'était un homme qui se mêlait de toutes choses, sans se mettre en peine d'avoir le fonds nécessaire pour s'en acquitter dignement. Ayant fait quelque bruit pendant sa jeunesse, il avait fait imprimer le Cours de Philosophie qu'il y avait enseigné et qui est maintenant en fort grand mépris, et M. Hallier avait été du nombre de ses disciples. Il s'était ensuite appliqué à la prédication et avait entrepris la controverse, mais sans se mettre fort en peine d'en acquérir la capacité par l'étude de .l'Ecriture et dekla tradition. Il était né huguenot et voulait se signaler par son zèle ; mais il agissait en cela avec plus de chaleur et d'emportement que de jugement et de lumière, et c'est le sentiment qu'en avait M. le cardinal du Perron que l'on ne peut pas soupçonner d'avoir été favorable aux calvinistes, car, sur ce qu'on lui rapporta un jour que M. de Raconis, prêchant dans l'église de Saint-Jacques, avait dit qu'il bénissait Dieu de ce qu'il espérait d'être sauvé, quoique son père et son grandpère fussent damnés, M. le cardinal du Perron étant choqué d'une expression si peu judicieuse, quoiqu'il fût très persuadé qu'il n'y a point de salut hors de l'Église catholique, dit : « C'est un jeune homme ' qui a mangé de la ciguë, la tête lui tourne. » M. Bourbon, qui est mort dans la maison des Pères de l'Oratoire de Saint Honoré, et qui avait été

1. Charles-François d'Abra de Raconis, évêque de Lavaur (1580-1646).

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