CHAPITRE I
Motifs de cette histoire, et combien il a été important de la composer.
L'Église, à qui Dieu suscitera toujours des défenseurs quand elle sera attaquée par ses ennemis ou étrangers ou domestiques, ne manquera jamais d'historiens qui auront soin d'informer la postérité des plus célèbres événements de chaque siècle; et puisque c'est lui rendre un service considérable que d'en conserver la mémoire par de fidèles relations, il n'est pas juste d'ensevelir dans l'oubli tant de choses importantes dont nos yeux ont été témoins depuis quarante ans. Il n'y a déjà eu que trop de misérables écrivains qui ont grossi leurs chronologies d'impostures et de calomnies pour flétrir la réputation des plus pieux et des plus saints ecclésiastiques de ces derniers temps. L'impunité dont ces auteurs passionnés ont joui pendant la chaleur des contestations qui partageaient les esprits leur a fait prendre la liberté de n'épargner ni les morts, ni les vivants; et quoique ceux qui jugent sainement des choses n'aient que de l'horreur ou du mépris pour ces ouvrages scandaleux, il est nécessaire néanmoins de désabuser les personnes simples et peu instruites, dont le nombre est beaucoup plus grand que celui des hommes doctes et éclairés, et de faire en sorte que ceux qui viendront après nous ne se laissent pas surprendre par cette foule de calomniateurs qui n'ont pour objet que d'opprimer l'innocence et d'étouffer la vérité.
11 est vrai que les ouvrages solides et les apologies de ceux que l'animosité de leurs adversaires a voulu mettre au i 1
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nombre des ennemis de l'Église seront pour eux une suffisante justifieation. Il ne sera pas malaisé à ceux qui auront l'esprit juste et le cœur droit de juger de la pureté de leur foi par leurs livres mêmes, et de ne se pas laisser prévenir contre de savants théologiens qui après avoir soutenu la saine doctrine des saints Pères, défendu la hiérarchie, empêché de tout leur pouvoir la corruption de la morale, ont encore employé si utilement leur plume contre ceux que l'hérésie et le schisme opiniâtre tiennent séparés de la société des fidèles. Mais comme on ne connaît que trop par l'expérience de tous les siècles la malignité de la calomnie et l'impression profonde qu'elle fait sur les âmes faibles, il faut épargner à une infinité d'innocents un aussi grand péché qu'est celui dujugement téméraire, où ils pourraient tomber insensiblement, si on ne les mettait hors d'état de se laisser préoccuper. C'est ce que l'on entreprend par la simple exposition des faits qui forment le corps de cette histoire; la vérité en sera l'âme et l'on n'y rapportera rien qui ne s'établisse de soi-même, ou par des actes authentiques. Bien loin de vouloir en cela renouveler les disputes que l'on a tâché d'assoupir % on a pour but d'empêcher qu'on ne les fasse renaître à l'avenir. Et comme il s'est passé quantité de choses dans ces derniers temps qui paraissent incroyables à ceux qui n'en feront le discernement que par les apparences extérieures, il n'y a rien de si utile pour dissiper ces images que de raconter exactement, dans Tordre des temps, ces événements extraordinaires dont Dieu s'est servi pour purifier par la patience chrétienne ceux qu'il engageait à la défense de sa vérité. Leur humiliation même ne saurait être qu'édifiante, puisqu'il n'y a point eu de tentatives assez fortes ni de persécutions assez violentes pour les arracher du sein de l'Église leur sainte mère; qu'ils ont conservé dans tous les temps le sacré dépôt de la foi qui leur avait été confié, et le lien de la charité fraternelle ; et que s'abandonnant entièrement à la divine providence, ils se sont crus assez heureux s'ils pouvaient être un jour justifiés avec Jésus-Christ, quand il viendra juger tous les hommes, chacun selon son mérite.
1. En 1669, lors de cette fameuse paix de Clément IX qui devait être éternelle et qui ne dura pas dix ans.