LIVRE
et surtout le premier ministre, qui le craignait à cause de son désintéressement et de sa profonde doctrine, ne pouvait pas le relâcher si aisément, parce que la cause de sa crainte subsistait toujours par sa suffisance et par sa vertu que la rigueur de la prison était plutôt capable de purifier et d'accroître que de l'affaiblir ou de Y éteindre.
Il fît commettre M. de Laubardemont1 par des lettres du roi du 5 juin 1638, pour informer de la doctrine de M. de Saint-Cyran et du P. Séguenot, prisonnier à la Bastille.
La faiblesse de ces informations, que l'on commença à Paris, était capable d'en détruire tout l'effet; car la plupart des témoins, ou ne parlaient que d'avoir ouï dire à d'autres que M. de Saint-Cyran enseignait nne mauvaise doctrine, ou lui attribuaient des histoires qui sont rapportées par des jésuites, comme est celle qui est portée par la déposition du sieur Tardif; ou l'accusaient d'avoir observé la discipline de l'Église dans l'administration du sacrement de pénitence en une manière qui depuis a été autorisée publiquement par des statuts des évêques et par les règlements des assemblées générales du clergé; ou font passer pour des erreurs des vérités incontestables; ou sont de pures calomnies dont la nullité paraît par la qualité des témoins qui les déposent, et qui, étant ses ennemis déclarés, lui donnaient lieu de les récuser; ou se ruinent par la qualité de ceux qui, ayant eux-mêmes été flétris depuis ce temps-là par des censures de la Faculté, comme l'abbé de Port-Morant, ont été reconnus publiquement par toute la France pour des hommes extravagants.
Quoi qu'il en soit, on n'en est jamais venu jusqu'à la confrontation des témoins, et cette première information s'est ruinée dans l'esprit même de ceux qui la recherchaient avec plus d'empressement, quoique longtemps après, les ennemis de M. de Saint-Cyran l'ayant fait imprimer contre sa mémoire, le commissaire député pour cette recherche eût encore moins de satisfaction dans celle qu'il fit à Port- Royal des Champs. M. Le Maître, qui s'y était retiré depuis quelques mois avec M. de Séricourt, son frère, y fut interrogé, aussi bien que M. Singlin, prêtre, et quelques jeunes cillants que l'on y instruisait chrétiennement sous la con-