‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 97 sur 524 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

lui semblait que jamais il n'avait été mieux, et qu'il s'apercevait seulement qu'il était en prison, en ce qu'il disait qu'il fallait aller à Dieu par amour et non par crainte, et que cela le consolait beaucoup.

Il lui ajouta qu'il avait fait dessein de tout temps de ne prétendre rien en ce monde, et que c'était la cause de la solitude qu'il gardait. Qu'il y avait vingt-cinq ans ou environ que M. le cardinal de Richelieu lui avait dit, sur le récit de ses grandes études qu'il avait entreprises avec M. d'Ypres et pour lesquelles il s'en retournait de Paris à Bayonne, qu'il trouvait étrange qu'il prît tant de peine sans aucun intérêt, et que cela se fit sans autre dessein que de l'étude.

Cela engagea la conversation dans l'entretien du nouveau livre de cet évêque, dont M. de Saint-Cyran lui parla avec éloge, ajoutant qu'il n'y avait point d'autre vérité de foi que celle qui était venue de J.-G. et des apôtres, que toute autre connaissance appartenait à la raison humaine et à la philosophie ; qu'il avait trouvé étrange comment on avait permis l'impression du livre de M. d'Ypres, vu qu'il y avait un titre à la tête d'un chapitre qui portait que les scholastiques se trompent de croire que l'attrition soit suffisante avec le sacrement, ce que M. de Chavigny écouta avec étonnement, et le pria de lui en envoyer un extrait.

M. de Saint-Cyran dit aussi que par l'aveu même du chef des jésuites cette opinion de l'attrition est nouvelle, et qu'ils ont raison de la défendre, puisque sans cela ils ne sauraient faire comme ils font, ni confesser tant de personnes en une matinée. Sur quoi M. de Chavigny répondit : que quand cette opinion serait vraie, la grâce ne durerait guère, parce que cette crainte de l'enfer ne fait que passer, et qu'il faut vraiment aimer Dieu et l'aimer toujours. 11 lui parla à ce propos de deux hommes qui depuis peu étaient morts d'apoplexfe, et qu'encore que l'on dit qu'ils étaient bien morts, après s'être confessés, il serait fâché de mourir ainsi.

Ensuite M. de Saint-Cyran lui répéta ce qu'il lui avait dit autrefois, que jamais Dieu ne donne l'attrition à quelqu'un qu'il veut sauver qu'il ne donne ensuite la contrition, et qu'il l'avait lu ce jour-là dans sain I Bernard. Que ces deux choses étaient comme J'aube et le jour, et qui; la

112 MÉMOIRES DE (1ODEFR0I ÏIERMANT

contrition avec l'absolution étaient comme l'abolition et l'entérinement. Et lui ayant dit que les auteurs mêmes de la suffisance de l'attrition avouaient que cette opinion était nouvelle, et qu'il fallait avoir nécessairement la contrition à la mort, M. de Chavigny rejeta cela, comme une chose insoutenable, en disant : « Comme s'il était si facile d'avoir en ce temps-là la contrition ! » Ensuite de quoi il lui dit aussi : « Il est vrai que je n'entends pas ces choses, je ne suis pas assez théologien, mais je vois bien qu'il faut aimer Dieu, et qu'il faut, tant que l'on peut, aller à lui par la charité. »

M. de Saint-Cyran lui ajouta qu'il n'avait nulle passion contre les jésuites * ; que si peut-être il avait été de leur opinion touchant la confirmation, il aurait le lendemain ruiné le baptême, et aurait pu se faire turc. Qu'il faut tenir ferme en la vérité que J.-G. nous a laissée. Et ce qui est pis, que cette opinion des jésuites avait été publiée et imprimée pour faire voir qu'on pouvait se passer d'évêque en Angleterre.

Il lui dit de plus que sur le sujet du mariage de Monsieur, il n'avait pu se mieux comporter; qu'il avait évité de parler à aucun évêque a de l'assemblée, et qu'encore qu'il vît bien le dessein qu'on avait sur lui, il avait toujours cru qu'il devait fuir et se cacher, parce qu'il ne fallait jamais s'engager aux charges, aux souffrances, et aux grandes affaires que par force et par une vraie vocation du Saint- Esprit; à quoi il s'estimait d'autant plus obligé qu'il craignait de faire un refus à une personne à qui il devait un grand respect ; que si elle l'eût fait appeler, il se fût présenté à lui, et la première chose dont il l'eût suppliée eût été de lui permettre de détruire ces raisons que l'on proposait dans ces écrits publics; que hors les choses qu'il ne pouvait faire sans blesser sa conscience, il eût voulu faire tout lereste pour lui obéir.

Il lui dit aussi qu'il avait beaucoup de vénération pour l'Eglise, et qu'il voyait ce qu'il y a de déréglé et qu'elle tolère ; qu'il est certain qu'on a altéré beaucoup de choses, et que l'Eglise le voit bien, et sait bien la dureté des chrétiens.

1. Ms. : et qu'il était aussi prêt de les embrasser que de les blesser quand Dieu le voudrait. — Passage barré, saus doute par les amis d'Hermant.

Page 1