‹ Mémoires de Henri de CampionChapitre 115 sur 151 · LETTRE LXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXIII

Je ne doute point cjue vous n'ayez été tout à fait surpris dç voir par ma dernière comme le Roi vous met à la tête des criminels d'État *. Ce sont des restes des mauvaises impressions que feu M. le Cardinal lui avoit données de vous,

1 . « U est certain, que quand je fais réflexion sur la pleine liberté que les François ont toujours prise de murmurer et de se plaindre sous les règnes les plus aoux , je ne dis pas chez eux et à la campagne, mais dans les villes et à la Cour même , et que je vois maintenant qu'à peine on ose parler de sa propre misère dans sa maison et avec sa famille , )'ai peine à reconnoître la France dans un état si reformé. » ( Neuvième Entretien sur divers sujets d'histoire, de politique et de mo^ raie : Du plus sûr appui de l'autorité souveraine. )

2. Louis XIII avoit, dans son testament, nommé le duc de Vendôme parmi les exilés que la Régence ne devoit pas autoriser à rentrer en France.

d'Alex, de Campion. 38^

que le temps lui fera perdre ; c'est pourquoi je vous conseille hardiment de prendre patience et de demeurer quelque temps en Angleterre, approuvant fort la résolution que Monseigneur de Beaufort a prise de revenir sans attendre d'ordre : il aura plus aisément la permission de voir le Roi quand il sera à Anet qu'il n'eût eu celle de quitter Londres, et, lorsqu'il sera à la Cour, votre affaire deviendra facile. Le commandement que vous me faites de vous mander mes sentimens à tous les ordinaires m'oblige à parler si librement. Vous serez toujours ponctuellement averti de tout ce qui se passera, jusqu'aux moindres circonstances , ayant assez d'amis ici pour être instruit de tout ce qui méritera la peine de vous être mandé; vous avouant, Monseigneur, qu'on vous a écrit la vérité sur l'accueil que tous les gens d'honneur m'ont fait, ce qui me satisfait plus que tout ce que la fortune auroit pu faire pour moi; à quoi j'ajoute la joie que j'ai de tant de bontés que vous avez pour votre.

A Paris, ce 8 janvier 1643.

A MADAME LA DUCHESSE DE CHEVREUSE

Page 1