‹ Mémoires de Henri de CampionChapitre 134 sur 151 · LETTRE XCI · texte numérisé non relu

LETTRE XCI

Ayant appris que vous faites dessein d'aller passer quelques jours à Dampierre, j'ai pris résolution de m'en retourner jeudi au matin ctiez moi, me voyant privé de l'espérance d'avoir l'honneur de vous voir, qui faisoit le seul sujet de mon séjour à Paris. J'aurois pris la liberté d'aller à l'hôtel de Chevreuse ; mais mon respect est tel que je me priverois plutôt de toute satisfaction le reste de mes jours que de hasarder de vous déplaire un moment, et je suis assuré que, si ce malheur-là m'est jamais arrivé, c'est sans dessein, et même sans m'en être aperçu , vous protestant. Madame, qu'il est bien en votre pouvoir de diminuer ou de changer les bontés que vous avez eues pour moi, mais non pas d'altérer en la moindre sorte le zèle et l'o- Déissance que j'ai toujours eus pour vous et que je conserverai éternellement. J'en userai avec vous tout autrement qu'avec le reste du monde; car, quand vous me croirez coupable de quelque faute, j'en demeurerai d'accord, et je n'aurai jamais ni la force ni la volonté de vous contredire, quand ce seroit tout à fait à mon désavantage. Ainsi, quand la justice seroit retranchée dû nombre de vos vertus à mon égard, tant t'ai faut que j'en murmurasse, qu'au contraire jf prendrois mes plus innocentes actions pour àf$

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crimes, puisqu'elles vous auroient déplu. Ainsi, Madame, usez-en comme il vous plaira; mon respect ira plus loin que mon malheur, et je me tiendrai chez moi, d'où je serois ravi d'être tiré par une occasion qui regardât votre service.

Ce 4 avril 1649.

A LA MÊME

LETTRE XCIL

Puisque mon malheur me réduit au point d'être encore privé de l'honneur de vous voir, qui seroit toute ma joie, j'espjère que vous agréerez au moins la liberté que je prends de vous écrire celle-ci, la raison qui m'en donne la hardiesse étant très-juste. J'appris hier en quels sentiments vous étiez sur les choses qui se sont passées entre ***» et moi, et que, lui donnant tort dans, le fond , vous condamniez la lettre que je lui avois écrite et la liberté avec laquelle j'en avois parlé; ce que je ne trouve nullement étrange, vu que vous ne le savez que par ceux ou qui me sont contraires, ou qui n'en ont pas la connoissance. Mais, comme il ne me sert de rien d'être justifié partout si je ne le suis envers vous, et que je aésire plus votre approbation

I . Le duc de Beaufort. Il s'agit encore de la trahison dont Alexandre de Campion étoit accusé par la maison de Vendôme.

d'Alex, de Campion. 411

que celle de tous les autres, je ne serois pas content que toute la Cour sût mon innocence et que vous seule l'ignorassiez. C'est pourquoi. Madame, j'ose vous supplier très-humblement de me vouloir accorder une heure d'audience, après laquelle , s'il vous reste le moindre scrupule contre moi, je demeurerai d'accord de i^ériter tous les malheurs dont la fortune m'a voulu accabler; que si vous désiriez être édaircie encore plus nettement de tout, vous pourriez faire en sorte que je me trouvasse devant vous avec ***. En ce cas je me fais fort, aux dépens de mon honneur, si j'y manque, de vous faire voir non-seulement que j'ai fait ce que j'ai dû , mais même qu'il n'a pas le moindre sujet de blâmer ma conduite ; et j'ose passer plus outre, et vous assurer que la raison et la vérité le forceront d'en demeurer d'accord. (3[ue si l'événement ne répond à mon projet, je me soumets volontairement à la privation des grâces dont vous m'avez honoré, qui seroit pour moi le dernier des supplices, puisqu'il est vrai, Madame, qu'être toujours estimé de vous est la seule ambition de votre.

A Paris, ce 7 juin 1649.

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a m. l'abbé de c. ( campion ).

LETTRE XCIIL

Je fus il y a (quinze jours avec M. de Longueville à Chantilly, où était la Cour; il me présenta à M. le Cardinal tout à fait obligeamment, et j'en fus si bien reçu qu'il ne s'y peut rien ajouter; de sorte qu'il voulut me présenter à la Reine, et je trouve quelque jour à rentrer près d'elle. Mais de la manière dont la Cour est composée, je ne vois pas que ceux qUi sont à elle fassent aucune fortune, ni même qu'ils tirent de grands avantages; de plus, il n'y a rien de si difficile que de faire ici sa cour, et il m'est fort fâcheux, après y avoir été en la posture où je m'y suis vu , de recommencer comme un jouvenceau. Je me suis servi de M. de Lionne' pour parler à M. le Cardinal, qui m'a reçu aussi bien à Paris qu'à Chantilly; mais, comme il m'a dit qu'il parleroit de mes intérêts à la Reine, et que toutes les civilités n'ont abouti à rien de concluant, j'ai peur de m'embarquer encore ici à une dépense pour achever de m'accabler, sans avoir aucune certitude d'un établissement solide. Je lui dirai nettement ma pensée la première fois que je pourrai l'approcher ; mais j'ai pris garde que l'on traite bien les gens d'abord , et qu'après on a peine à les regarder. M. de Lionne même, qui en avoit usé si généreusement la pre-

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