CONTENANT DIVERS ÉVÉNEMENS DES RÈGNES DE LOUIS XIII ET DE LOUIS XIV
e déplaisir que j'ai ressenti de ne pouvoir être instruit des principales actions de mes ancêtres, sur lesquelles § j'aurois pu, dans ma jeunesse, régler mes mœurs et ma conduite, m'engage à donner aujourd'hui à mes enfans cette satisfaction que j'ai souhaitée inutilement. Si mon dessein étoit d'écrire pour le public, jechoisirois un sujet plus intéressant que celui de ma vie ; mais comme ce n'est que pour ma famille et mes amis, je crois que je ne puis rien faire de plus agréable pour eux et de plus commode pour moi, que de leur raconter naïvement les divers événemens qui me sont arrivés, en y joignant, pour
Années 1616-^2. ;
pour être l'un des ju^es-commissaires qui dévoient former l'échiquier qu'il établit en Normandie; honneur dont fut aussi revêtu Mahi de Campion, son fils, en 1 364; depuis lequel temps )e n'ai pas trouvé qu'aucun de nos ancêtres se soit mêlé des affaires publiques.
Si mes enians veulent être instruits plus particulièrement de leur origine, ils peuvent avoir recours à d'autres mémoires que je leur laisse et dont les originaux sont entre les mains de nos cousins de Campion-Montpoignant ' , qui demeurent dans la campagne de Neubourg'. Ils y verront la généalogie exacte et suivie de nos pères, depuis 1420 que Gui de Campion, dit Lancelot, seigneur du Bois-Hérout, s'étant marié à Marie de Fréné , dont il eut Robert de Campion, celui-ci épousa Louise de Thibouville, héritière d'une très -ancienne maison et qui lui apporta beaucoup de biens et de grandes terres. Ayant eu d'elle plusieurs enfans, nous en sommes descendus, de père en fils, par Hémeri de Campion^ mon père, lequel ayant épousé, en septembre 1607, Louise de Pilliers de Moselle?, d'une très-bonne et ancienne mai-
1 . Emery de Campion, père de Henri, étoit le second fils de Louis de Campion , écuyer, seigneur de Montpoignant et de Thuit-sur-Mer ou Thuitsimer. On voit encore au Montpoignant les ruines d'un vieux château et un château du àtrnier siècle.
2. On appeloit ainsi le pays autour de la petite ville de Neubourg , aujourdhui chef-lieu de canton dans l'arrondissement de Louviers , département de l'Eure.
3. Les pièces conservées au dépôt des titres de la bibliothèque impériale portent qu'Emery de Campion épousa , par traité du 26 juillet 1607, reconnu le 11 mars 160S, aemoiselle Louise de Pilliers, fille de feu Louis de Pilliers,
4 MÉMOIRES DE CaMPION.
son de la province de Normandie, servh le roi dans ses années, jusqu'à ce qu'ayant suivi Louis XIII au voyage qu'il fit à Bayonne, en 1615, pour son mariage avec l'inrante d'Espagne Anne d'Autriche^ auquel Henri de Bour- Don, prince de Condé, se vouloit opposer avec des troupes qu'il avoit levées , au retour du roi , Hémeri de Campion , attaqué d'une maladie qui emporta la plupart de l'armée, mourut à Chàtellerault le jour de Saint-Sébastien' 16 16, et fut enterré dans l'église de Saint-Michel.
Je laisse reposer maintenant les cendres de nos ancêtres pour parler des vivans. Mon père laissa deux fils, deux filles, et ma mère grosse d'un troisième garçon, dont elle accoucha le 6 de mars suivant. L'ainé , Alexandre de Campion *, depuis major de la ville de Rouen, avoit alors un peu plus de six ans. J'étois le second fils d'Hémen de Campion, et âgé à sa mort d'un peu moins de trois ans , étant né le 9 février 1 6 1 3 . Ma mère , restée veuve à trente-trois ans et fort aimable , fut recherchée en mariage par plusieurs personnages considérables et riches qu'elle refusa tous. Le déplaisir qu'elle ressentit de la perte d'un mari qui lui étoit fort cher ne fit que l'animer à donner une bonne éducation aux enfans fruits de leur union. Quand mon frère Alexandre eut atteint sa huitième année, elle le mit au collège de la Flèche et en usa de même
écuyer, sieur Du Parc, seigneur de Boscferey. Louis de Pilliers appartenoit à la branche de Motelles, et non de Moselle , ainsi que i'a écrit par erreur le général de Grimoard.