I. Barberin, neveu du pape Urbain VIII
mettroit au château Saint-Ange, qiii est comme la Bastille à Paris. Mon ami me pnt à part pour m'engager à me retirer promptement, puisque, si l'on me connoissoit, je serois arrêté comme lui. J'en faisois difficulté, tant j'étois touché de son malheur; mais le lieutenant du Barigello me fit sortir.
J'allai chez le duc de Bouillon lui donner avis de cet accident; il en témoigna beaucoup de déplai^r, et dit que j'avois trop hasardé , puisqu'assûrement j'eusse été arrêté si l'on eût su mon nom , et qu'il me conseilloit de prendre garde à moi, m'offrant tout ce qui dépendoit de lui. Je me retirai à mon logis , quoique je n'y crusse pas grande sûreté; mais Beaupuis m'ayant prié «1 le quittant de mettre à couvert ses iardes et huit cents pistoles en or qu'il avoit, je voulus satisfaire à son désir. Je me saisis de l'argent et de l'équipage, q^ue je portai 1& lendemain au duc de Bouillon, qui eut la bonté de s'en charger et de me bailler un reçu. Je fus prier le cardinal de Médicis de solliciter la sortie de Beaupuis. Il me dit, en se montrant touché de son malheur, que des sollicitations si promptes seroient inutiles;
3ue l'on n'alloit pas si vite à Rome , et que quand en seroit temps il s'emploieroit de la bonne sorte. Je vis les cardinaux François et Antoine Barberin ', qui me dirent la même chose. Voyant que je ne pouvois rien faire pour la liberté de mon ami, j'employai le crédit des mêmes cardi-
I. Neveux du pai)e Urbain VIII. Ils ne tardèrent pas à être disgraciés , et ils furent contraints de se réfugier en France , ou le second devint archevêque de Reims et grand aumônier de France.
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nauxpour lui faire donner son valet-de-chambre et lui procurer un bon traitement au château Saint-Ange , où on Pavoit mis dès le matin. Je retournai chez le duc de Bouillon, cjui me représenta qu'après avoir fait tout ce qui se pouvoit pour le prisonnier, et même trop hasardé dans la situation inc^uiétante où je me trouvois personnellement, il étoit d'avis que je sortisse de Rome avant que l'on sût mon nom. J'en fis quelque difficulté; mais sur ce qu^il repartit que , si j'étois pris , le duc de Vendôme diroit peut-être que je Pavois voulu être, je me résolus à partir.
Le duc de Bouillon me procura le soir des che* vaux de poste, comme* pour courre de sa part, et je m'en allai droit à Florence le plus vite que je pus , pour avertir le duc de Vendôme de l'accident de Beaupuis, et l'exciter à faire solliciter le Grand-Duc en sa faveur. lime reçut assez civilement, parut fâché de la prison cfe mon ami, et fit agir le Grand- Duc et les amis qu'il avoit en Italie; mais cela n'a pas empêché le pauvre Beaupuis de rester au cnâteau Saint- Ange jusu'après l'évasion du duc de Beaufort du donjon e Vincennes. Beaupuis sortit alors l'esprit un eu aliéné ; de sorte que son père le retira chez ui en Gascogne, sans qu'il ait paru dans le monde depuis '.
Je restai en Italie jusque vers la fin de l'été , espérant toujours la liberté de mon ami; mais
I . Le duc de Beaufort se souvint de lui en 1 649 , pendant les négociations de la ]}aix de Saint-Germain. Il demanda « le retour de Beaupuis, et son rétablissement dans ses charges. » Demandes des princes et seigneurs qui ont pris les armes avec le parlement et peuple de Paris.
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me peinoit le plus étoit l'assurance que, quoique mon dessein fût raisonnable, il seroit peu approuvé, tant il étoit éloigné de la pratique ordinaire du monde. Je savois que les mariages ne se font que p^r deux considérations, qui sont l'amour et l'intérêt ou tous les deux ensemble ; que ceux qui se font par amour sont presque toujours blâmés avec justice, la fin n'en étant le plus souvent guère heureuse, et que pour les autres, quoique Ta satisfaction n'en soit la plupart du temps qu'apparente, ils ont ordinairement l'approbation générale. Je voulois prendre une route toute contraire à la commune, puisque je ne me fondois que sur l'humeur, la vertu, et la bonne naissance, qui sont choses où personne ne s'attache. Je jugeois que l'on diroit que quand même il seroit raisonnable à un autre de se marier pour ces trois raisons, cela étoit ridicule à un homme qui n'avoit pas le bien nécessaire pour faire un choix si désintéressé; qu'après avoir paru si ambitieux et n'avoir eu pensée que pour aeux filles, dont l'une avoit douze fois plus de fortune que celle que je voulois épouser et l'autre siix, c'étoit sans motif apparent trop diminuer mes prétentions. Ce qui m'embarrassoit le plus, est qu'ayant jusques-là affecté de ne rien faire qui ne fût approuvé de tout le monde, je trouvois fâcheux de prendre un autre chemin ; mais après avoir pesé toutes ces raisons, je considérois qu'il y a de la folie de préférer l'approbation d'autrui à notre satisfaction particulière,, quand elle ne choc^ue point les bons principes; que je ne pouvois être blâmé des sages, de préférer à l'intérêt la vertu et la rai-
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au sieur du Parc et à mon frère le bénéficier^ qui vinrent chez elle peu de temps après , ce qu'elle exécuta; mais dans l'appréhension qu'ils ne crussent qu'elle contribuoit à ma résolution, elle leur en parla comme la désapprouvant : ils furent de même avis, et la chargèrent de m'exhorter à changer une pensée qui alloit à mon entière ruine; mais moi, oui ne m'étois pas décidé légèrement, je la priai de les assurer que c'étoit une chose entièrement résolue, et que je promettois seulement de ne point l'achever qu'ils ne l'approuvassent. L'affaire demeura en cet état, mademoiselle de Martinville et moi nous étant promis de nous marier sitôt que mes embarras le permettroient, ce que je fis approuver à ma mère et à tous ses parents, qui témoignèrent le souhaiter ardemment, d'autant qu'ils connurent Qu'il seroit inutile de m'en dissuader. Pendant les deux années que je restai enfermé, je me fortifiai toujours dans ma résolution par la connoissance entière que j'eus des bonnes qualités et des vertus de celle avec qui j'étois continuellement. Durant ce temps je lisois, ou étois en conversation avec les gens de la famille, consistant en cinq ou six personnes. J'allois tous les six mois me cacher quelque temps chez mon frère le bénéficier, où je voyois la plupart de mes proches. Je recevois toujours mes deux mille francs de la maison de Vendôme, sans qu'ils sussent où j'étois.
Mon beau-frère de Vacueil étant mort en 1 647, dans le logis où j'étois réfugié , je résolus , voyant l'affaire du duc de Beaufort oubliée, d'acheter une terre dans une autre partie de la province >
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et de me marier. Le sieur du Parc, ma mère et mes frères approuvèrent cet arrangement. Nous fûmes chez le sieur de Martinville faire le mariage, qui s'acheva le 7 janvier 1648. En même temps j'achetai du sieur de Campion de Montpoignant >, mon cousin-germain, la terre du Boscferei, près d'Elbeuf, lieu de ma naissance et notre première demeure, que mon frère aîné lui avoit vendue pour en acheter une autre dans le pays de sa femme > : il me la céda sur mes instances, en lui donnant quelque chose de plus que mon frère n'en avoit tiré. Nous demeurâmes encore six mois chez ma sœur de Vacueil , pen- •dant que je faisois réparer et meubler la maison , où nous vînmes bientôt nous établir. Je ne me montrai qu'à mes amis particuliers jusques vers la Pentecôte, que le duc de Beaufort trouva moyen de se sauver de Vincennes, avec des cordes que Vaumorin lui fit donner par un ^arde avec qui il avoit intelligence?. Sitôt que je le sus libre, je me mis en chemin pour le cnercher ; mais il me fit écrire une lettre très-bienveillante par Brillet, pour me prier de me tenir chez moi jusqu'à ce que j'eusse de ses nouvelles, et qu'il