LETTRE XLIV
Le Grand est fort satisfait de ce que j'ai joint les compliments de M. de Bouillon aux vôtres. Il m'a chargé de lui en faire beaucoup de sa part, et surtout de vous assurer qu'en tempùs et lieu vous verrez des marques que c'est tout de bon quand il vous a protesté par moi qu'il étoit votre très-humble serviteur. Il est assuré maintenant du dessein que M. le Cardinal a eu de le perdre ; vous devez juger par là de ses intentions. Il se ménage fort avec la Reine , Monsieur et vous, et en use adroitement. Personne ne sait que je le vois; et, si la prospérité ne l'aveugle point, il est capable d'entreprendre quelque chose d'important. En tout cas, si l'on vous poursuit et que vous fussiez nécessité de vous défendre pour ne vous laisser pas opprimer, tl est bon d'avoir un protecteur auprès du Roi , et un esprit ulcéré, qui pour son propre intérêt ne perdra pas d'occasion de détruire celui ^ui le veut perdre. Jesaisbien que ceux qui nel'aiment pas blâmeront son insfatitude, à cause que M. le Cardinal est son bienfaiteur ; mais cela ne
I . On sait assez que Louis XIV naquit le ( septembre 1 638 .
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vous regarde pas, et, comme il a de l'esprit , il m'a dit beaucoup déraisons pour sa justification. J'ai été aussi bien reçu à Amiens du Roi et de M. le Cardinal que aelui, et, comme jV suis arrivé aussitôt après la prise d'Arras >, ils ont témoigné être fort satisfaits de vos soins et de votre diligence ; ce qui m'a fait voir que j'avois eu raison de vous demander des lettres pendant le siège. Mais, pour changer de discours, je vous dirai qu*il est absolument nécessaire, pour le bien de votre principale affaire, de donner le quartier d'octoore à '*• ; de sorte qu'il faut , s'il vous plaît, que vous 6tiez un des trois que yous me mandez, à qui vous l'avez promis, et, puisque vous me commandez de vous en écrire mon avis, je vous dirai, pour vous obéir, qu'il n'y a pas d'apparence d'ôter M. l'Avocat, que vous avez promis à madame la Princesse ^, qui en feroit un furieux vacarme, dont vous seriez fâché, vous qui êtes connu pour ne manauer jamais à votre parole ; d'ôter aussi le frère au rapporteur de M. de Rodes 3, ce seroit hasarder la plus grande affaire que puisse jamais avoir eue un de vos serviteurs: de sorte que je conclus à l'exclusion de M. du Palais, qui vous est recommandé par le Père de Gondy 4, qui est assez votre ser-