‹ Mémoires de Henri de CampionChapitre 91 sur 151 · I. Claude de Bullion, surintendant des finances · texte numérisé non relu

I. Claude de Bullion, surintendant des finances

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jusqu'à ce qu'il eût donné le bonsoir. Je sais bien qu'A y a peu d'espérance de réconciliation pour vous , après cela , avec M . le Cardinal ; mais vous l'avez aésiré , et j'ai porté l'affaire au plus loin. Ce n'est pas que je vois bien qu'il gagnera le Roi , et qu'il le fera consentir à vous pousser ; mais, comme c'étoit son intention, il vous sera toujours avantageux que Sa Majesté connoisse ses artifices à fond.

Au retour de Saint-Germain , je suis venu ce matin par Ruei, où M. le Cardinal, quoique bien averti de ce que j'avois dit hier.au soir, m'a fait cent caresses en mon particulier, et m'a dit sur votre lettre qu'il vouloit croire votre innocence, mais que M. de la Vigerie, gentilhomme de M. de Soubise^ prisonnier à la Bastille, avoit bien parlé contre vous. Sur quoi l'ayant fort assuré que vous n'aviez eu aucun commerce en Angleterre ni en Flandre , il m'a dit que M. l'abbé de Mersy * étoità Sedan, qui venoit de Bruxelles, et a fait appeler M. des Noyers 3 ; mais, en attendant qu'il entrât, il m'a

1 . Benjamin de Rohan , seigneur de Soubise. Il est nommé dans la déclaration du roi en date du 3 juin 1641.

2. P. Ernest de Mercy. La soixante-cinquième lettre de ce recueil lui est adressée. Il fut un des négociateurs habituels de tous ces complots avec l'Espagne , et on verra plus loin qu'Alexandre de Campion vante son zèle pour les intérêts du comte de Soissons. M. Cousin a publié dans l'appendice de son livre intitulé Madame de Chevreuse un Mémoire que l'abbé de Mercy adressoitle 27 septembre 1647 au gouverneur des Pays-Bas espagnols, sur ce qui s'est négocié et traité au voyage de Vahhé de Mercy en Hollande, entre lui, le comte de Saint-Ybar et madame de Chevreuse.

3. François Sublet de Noyers, secrétaire d'État de la guerre.

d'Alex, de Campion. 349

dit que, si M. l'abbé de Mersy n'étoit pas venu pour vous, c'étoit pour M. de Guise » et pour M. de Bouillon, et que Dom Miguel de Salamanque étoit venu à Montmédy pour conférer avec eux. Sur quoi je lui ai reparti que je croyois M. de Guise et M. de Bouillon aussi innocents que vous de tous les crimes qu'on leur imputoit, mais que comme ils n'avoient pas été accusés, je n'avois aucune charge de parler pour eux; que je répondois seulement pour vous, comme j'avois tait au Roi. Sur cela M. des Noyers est entré, et m'a dit d'abord que M. de la Vigerie avoit fort parlé contre vous; à quoi j'ai répondu qu'il n'y avoit rien de si facile que de faire parler un prisonnier. Lors M. le Cardinal m'a dit en souriant: <(Vous êtes en colère, M'**; je témoignerai au roi ce que vous m'avez dit, et je veux croire sur votre parole que M. le Comte est innocent de ce dont on l'accuse. » Il m'a promis ensuite de m'envoyer sa réponse à Paris. Si tôt que j'ai été sorti d'auprès de lui , il est allé à Saint-Germain, et l'on me vient d'apporter la réponse de Sa Majesté et la sienne , que je vous envoie avec cette relation , et j'attends vos ordres sur ces lettres, et sur toutes les affaires qui me retiennent ici pour votre service.

A Paris, ce 16 décembre 1640.

I. Henri II de Lorraine, duc de Guise. La déclaralion du 3 juin 1641 est dirigée contre lui aussi bien que contre le comte de Boissons et le duc de Bouillon. On la trouve dans le Recueil de pièces concernant l'histoire de Louis XUl, etc.

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AU MÊME

LETTRE XLVn.

J'ai reçu votre lettre du 21 décembre, par laquelle vous me témoignez être fâché que je n'avois pas ouvert celles du roi et de M. le Cardinal , que vous me renvoyez , et que je vois différentes de ce qu'ils m'avoient dit en les quittant, vu qu'ils vous mandent que ce que je leur ai dit est bien contraire aux avis qu'ils ont d'ailleurs. Pour répondre à la vôtre, je vous dirai en hâte que je n'avois garde d'ouvrir vos lettres sans votre commanoement , et qu'auparavant que de cacheter celles que vous leur écrivez , je les montrerai suivant votre ordre à madame votre mère , au Père de Gondy et à MM. les présidents de Mesme ' et de BaiUeul ^ , et que je les porterai ensuite au roi et à M. le Cardinal. Je les trouve fort bien; mais je prendrai la liberté de vous dire que j'eusse été bien aise de les voir tous en particulier, de peur que M. le Cardinal ne sache qu'ils sont de vos amis, cela leur pouvant nuire , s'il le découvre , et que même je l'aurois fait, quoique vous me mandiez le contraire, sans que vous les nommez dans la lettre de madame votre mère. Ainsi comme elle les a mandés , je me trouverai tan-

1 . Henri de Mesme , président à mortier au parlement de Paris.

2. Louis de Bailleul, président à mortier au parlement ^de Paris.

suis tenu sous la porte de son cabinet , où je lui ai présenté votre lettre , et je Pai suivi; il l'a lue avec attention, et a bien voulu que j'aie raisonné avec lui sur vos intérêts, et il m'a écouté favorablement jusqu'à ce que M. de Chamarante^ lui est venu apporter une lettre de la part de M. le Cardinal : car, sitôt qu'il a eu achevé de la lire, il a donné le bonsoir, et m'a dit qu'il vous feroit demain réponse. Je suis venu aussitôt vous écrire à mon logis, d'où je vous dépêche ce courrier, et je retournerai demain à Paris , où , après avoir ouvert les réponses qu'on vous fera , je vous manderai les avis de vos vrais serviteurs, et les miens, puisque vous me le commandez toujours.

A Saint'Germain , ce 26 décembre 1640.

AU MÊME

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